Les propositions des participants à la revue Ce qui secret sont à voir, à lire ou à entendre ci-dessous. Nous vous les proposons selon quatre entrées : par les titres de chaque proposition, par les dates de réception de chacune d'entre elles, par les lieux où vivent les participants - ou/et par les lieux où ont été travaillées les propositions, par les noms de chacun...

[Les parties de textes écrites en gris signalent des liens hypertextes.]



Par les titres :

Cette précipitation qu'ils avaient, Maintenant, le oui, Laisse pisser la vérité, Maintenant le oui, Après Maintenant, Dorénavant, Ce que je vois, Dans la terre, Desseins, Le jour du jour mange patate, Maintenant le oui, Fontaines et cascades, Avenir du manchot mâle, L'amour, poèmes d'Antoine Dufeu et chansons de Valentina Traïanova, Maintenant le oui, Maintenant 15 mars 2009, #1, Que no, Chronique de John Abdomen [4], Oui 1, 2 et 3, Maintenant 22 mars 2009, Maintenant 29 mars 2009, Maintenant 5 avril 2009, Oui maintenant je suis revenue, Clara 2009, portrait d'une jeune fille [1], Le désespoir de mes mercredis, Accord, MaTiNaL[eS], SRS # 1, Maintenant le oui,, Ouieoui, Fight 1 et 2, Double portrait, rousse, 6 avril 2009, 2h49, Un moment de la vie a vieilli, Aime maintenant le ouï, Traces, Fight 3 et 4, Fight 5, Maintenant 12 avril 2009, Petits ajustements autour de maintenant, Le vent, Maintenant le oui [2], Maintenant 19 avril 2009, Ajournement, Origine des espèces, Je m'habitue, tu t'habitues, Moment, Maintenant [premier extrait], 22 jours du journal de Brigitte Jean, Maintenant le oui, O en haut, I en bas, U entre, En vue de quelque chose qui ne s'écrira pas, Quelqu'un [janvier 2009 - mai 2009], Les trois premiers jours, Maintenant le oui [3], Quelque part une lutte, Comment affiner le contrôle du système postural afin de réguler son équilibre ?, Posture au pipeau, Monsieur, maintenant, monsieur, Lâcher la pelle et le marteau, Maintenant le oui, L'origine des espèces, hypothèses, Tenu ça déborde, Où tu es né nu maintenant y es-tu, Alors j'ai dit oui, Nous maintenant oui, Avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard, Des(s)ein, MoNTaGeS 1 eT 2, S'agitent les grelots, Fabrikasharia, Maintenant le oui, Maintenant le oui [4],Clara 2009, portrait d'une jeune fille [2], Jour 71, Maintenir le oui, maintenir le oui, maintenir..., Maintenant le oui, 5 et 6, Dance, T BARRÉ, Origine des espèces, hypothèses 1 et 2, Quatre oui_es, S-Voices, Last song 2, Peut être, Extrait de "No thanks" (1935), IU OELT NANET NI AM, Mintenan le non,



Par les dates :

14 janvier 2009, 20 janvier 2009, 22 janvier 2009, 29 janvier 2009, 30 janvier 2009, 2 février 2009, 8 février 2009, 14 février 2009, 19 février 2009, 24 février 2009, 4 mars 2009, 8 mars 2009, 12 mars 2009, 15 mars 2009, 16 mars 2009, 19 mars 2009, 21 mars 2009, 22 mars 2009, 25 mars 2009, 28 mars 2009, 1er avril 2009, 3 avril 2009, 4 avril 2009, 5 avril 2009, 6 avril 2009, 7 avril 2009, 8 avril 2009, 10 avril 2009, 12 avril 2009, 13 avril 2009, 16 avril 2009, 18 avril 2009, 19 avril 2009, 30 avril 2009, 3 mai 2009, 9 mai 2009, 14 mai 2009, 15 mai 2009, 20 mai 2009, 21 mai 2009, 22 mai 2009, 24 mai 2009, 29 mai 2009, 1er juin 2009, 3 juin 2009, 18 juin 2009, 24 juin 2009, 25 juin 2009, 29 juin 2009, 30 juin 2009, 1er juillet 2009, 4 juillet 2009, 22 juillet 2009, 29 juillet 2009, 31 août 2009, 2 septembre 2009,21 septembre 2009, 23 septembre 2009, 28 septembre 2009, 1er octobre 2009, 7 octobre 2009, 15 octobre 2009, 21 octobre 2009, 24 octobre 2009, 28 octobre 2009, 4 novembre 2009, 7 novembre 2009,


Par les lieux :
Armentières, Barjols, Berlin, Bordeaux, Brest, Chalon sur Saône, Colombes, Congénies, Deûlémont, Guéméné Penfao, Ivry sur Seine, Jolivet, Labarthe sur Lèze, La Tiremande, Lille, Limoges, Marseille, Montpellier, Nantes, Nîmes, Paris, Rennes, Toulouse, Saint Fiacre sur Maine,



Par les noms :

Gilles Amalvi, Jean-François Assié, Edith Azam, Olivier Bardoul, Mauricette Beaussart, Sereine Berlottier, Heddy Boubaker, Guénaël Boutouillet, Delphine Bretesché, Daniel Cabanis, Fabrice Caravaca, E.E. Cummings, Jacques Demarcq, Ma Desheng, Anne De Sterk, Aurelio Diaz Ronda, Bruno Di Rosa, Franck Doyen, Antoine Dufeu, Benjamin Dufour, Katja Fleig, Michel Fourquet, John Froger, Pauline Gélédan, Régis Guigand, Ann'Lise Haubert, Kelig Hayel, Marta Jonville, Anne Kawala, Frédéric Laé, Olivier Lamarque, Sylvain Larquier, Soizic Lebrat, Sébastien Lespinasse, Maurin et La Spesa, Joëlle Mesnil, Ian Monk, Lyn Nekorimate, Charles Pennequin, Marc Perrin, Poup Perronno, Eric Pessan, Matthieu Prual, Franck Pruja, Gwenaëlle Rébillard, Patrick Rimond, Gilbert Roggi, Jean-Marc Savic, Jean-Marc Ségalen, Guillaume Séguron, Patrice Soletti, Lucien Suel, Valentina Traïanova, Françoise Valéry, Pierre Vinclair,
















































... oui, maintenant :




























Mintenan le non - Olivier Lamarque





















IU OELT NANET NI AM - Pierre Vinclair

[en écho à...]

















Extrait de "No Thanks" (1935) - E. E. Cummings, traduction Jacques Demarcq



l’amour est un lieu
& sur ce lieu
d’amour arrivent
(avec l’éclat de la paix)
tous les lieux

oui est un monde
& en ce monde
de oui vivent
(avec adresse enroulés)
tous les mondes











Bien entendu - Jean-François Assié















Last Song 2 - Valentina Traïanova
















S-Voices - Valentina Traïanova



















Quatre oui_es - Soizic Lebrat





video












Origine des espèces - Hypothèses 1 et 2 - Ann'Lise Haubert, Jean-Marc Savic





Hypothèse 1




Hypothèse 2












T BARRÉ - Olivier Bardoul


















Dance - Gilbert Roggi



















Maintenant le oui - Ian Monk



[en écho à...]

5

maintenant le oui dit oui tout simplement aux bordels dans une perspective
tout simplement de redresser le commerce oui de créer des emplois de
cadrer les mecs qui se promènent la nuit bêtement qui ne comprennent
plus qu’un plus un égale trois le nient toujours pauvres cons
maintenant le oui c’est la flotte qui coule là entre tes
doigts entre tes larmes par exemple le dentifrice par exemple de toi
de l’autre par exemple peu importe ce qui compte c’est le goût
de la brosse à dents qui râpe ta langue comme la mienne
maintenant le oui c’est les légionnaires qui ont soif là comme
les plantes au balcon et qui te prennent là comme moi là
et qui draguent cognent et frappent causent je te vois tomber
sous le charme de leurs poings et moi aussi salut le macadam





[en écho à... ]

6

maintenant le oui à partir d’un certain âge conchie allez disons
le clairement fout tous ses doigts ridés plein dans ta bonne poire
elle tombe en deux comme ça on sent les jus qui dégoulinent
sur ses poignets ridés lézardés de couteaux de cuisine de rasoirs bic
maintenant le oui dit oui à toi et ta conne oui à
toi et ta bite (saviez-vous que la mouille et le sperme
des gros dégueulasses sont indissolubles donc on risque pas d’attraper le
sida tomber enceinte et cetera mais bon les morpions gaffe quand même)
maintenant le oui à la vie c’est se dire vivre compliqué
c’est simple enfin simple comme bonjour comme la mort comme les
morpions qui te disent la vérité là simple comme le russe pour
un mafioso simple comme le clavier pour Thelonius noir sur blanc là











Maintenir le oui, maintenir le oui, maintenir... - Matthieu Prual











Jour 71 - Marc Perrin

[écrit avec la complicité initiale de Loïc Blairon, à partir d'un de ces textes]

[en écho à Fabrikasharia]




Rédaction des sept livres pendant les sept premières heures du jour.

Le livre un commence par une série de questions. Comment enregistrer la matière. Comment enregistrer le temps de la matière. Comment enregistrer le temps de la vie de la matière. Comment dire un espace. Comment dire l’espace de départ. Comment dire l’espace d’origine. Comment former une voie par laquelle une séparation entre départ et origine libère chaque corps qui à chaque instant ouvre un horizon.

Le livre deux s’attache à développer un certain désaccord avec la grande métaphore. Notes du rédacteur : je ne suis pas d’accord avec la grande métaphore. Bien conscient que tout désaccord ne suffira jamais : pour : signifier. Ne suffira jamais : tant qu’une affirmation ne viendra pas à la suite : du désaccord. Je peux le dire autrement. Je veux le dire autrement. Je veux dire que je crois à un certain langage qui nous serait commun [un temps soit peu], et par lequel nous accéderions [seuls, ensemble] à ce que recouvre ce verbe qui marque une limite que j’aspire à franchir : le verbe accepter. Accepter, pour commencer, que ce langage est à tous, et à personne.

Je crois en un langage - commun - que je saurais dire être le mien. Précisions : je vis avec la matière. Et face à la matière, et dans la matière : je cherche un mouvement qui signera ce rapport juste à l’origine bouleversée par chaque instant du présent : dans nos corps, et dans les rapports qu’ils entretiennent : entre eux. Je cherche un trou dans la terre. Je cherche un trou dans les corps. Un passage. Une voix. Je cherche : un espace entre les corps et sur la terre : où vivre ensemble. Je cherche un mot pour dire ce trou et cet espace. Ce mot n’existe pas. Je cherche une phrase. Pour dire ce et. Une phrase ne suffira pas.

Le livre trois revient sur la grande métaphore. La caverne. Le trou dans la terre. La cave première. Première cavité. Grotte sans nom. Sans ombre. Avec ou sans ombre. Notes du rédacteur : je veux parler du jamais assez. Je veux répondre à ce qui ne suffit pas. Je vais y répondre : par la matière commune. Je trace : des sillons : dans la matière commune. Seule possibilité d’écriture. Dans la matière commune. Je dis que l’enregistrement qui parviendra à présenter, sans reproduire, saura dire ce qu’il en est de ce sillon dont je poursuis incessamment la réalisation, sans répétition, sans redite, sans retour, sans contour peut-être même, et pour finir, c’est-à-dire pour commencer enfin : sans livre.

Livre quatre. Extrait : je veux bien descendre dans la matière, mais avec le visage levé vers le ciel. Je veux bien aller au plus profond, tout en-dessous, tout en bas. Je veux bien aller voir là-bas, tout en-dessous. Savoir si c’est plus clair, tout en-dessous, savoir si c’est plus clair : avec le visage tourné vers le ciel.

Livre cinq. Extrait : lorsque j’écris, je participe au récit de l’interprétation des ombres. Je ne suis pas une ombre. Lorsque j’écris. Je participe au récit de l’interprétation de ce que je ne suis pas. J’aspire à faire la lumière au présent sur ce qu’il en est d’une certaine défaite de la division régnant en maître sur nos vies. Les ombres représentent. Les ombres divisent. J’aspire par l’interprétation à défaire la représentation et la division. Vouloir : n’est qu’une première étape en marche vers la dissolution du vouloir : accès à l’être.

Livre six. Notes du rédacteur : le vide est le lieu où j’écris. J’écris là où il n’y a rien. Ce n’est pas tout. Le vide est le lieu où je vis. Je vis là où il n’y a rien. Ce n’est pas tout. Je suis là. Là où il n’y a rien je suis là. Ce n’est pas tout. L’espace dans lequel nous vivons ensemble – si jamais nous vivons un ensemble -, cet espace ouvre nos corps à un temps : qui n’est pas tout.

Livre sept. Derniers mots : oublier la suite est le seul secret vivant.

Les sept premières heures du jour 71 s’étant écoulées à rédiger les sept livres, le rédacteur décide d’aller au dehors. Maintenant.












Clara 2009, portrait d’une jeune fille [2] - Françoise Valéry

[suite de Clara 2009, portrait d’une jeune fille [1]]



28 MAR – On arrive en hollande :-)

28 MAR – C’est bon on est arrivés, c’est hyper grand ! on a joué a la wii et maintenant dodo. Bisoux !!

2 AVR – Les tulipes les moulins les goudas et moi vous embrassent fort !

3 AVR – On est en france !

3 AVR – On arrive en retard, neuf heure et demi un truc comme ca…

3 AVR – On est presque presque arrivés

4 AVR – Ca finit plus tard que prévu, je sais pas si je reste jusqu’a la fin mais j’aimerai bien !

4 AVR – Ok bonne nuit bisoux

5 AVR – Je rentre a la maison

9 AVR – Coucou, finalement jai un truc prévu cet aprem (ciné !) Eske vous pouvez annuler le kiné svp et lui dire bonnes vacance ?

9 AVR – 18h30 et c a l’ugc…

9 AVR – Non on va chez un gars dla classe avant, au pire je prendrai 3 séances a la rentrée

9 AVR – Le film est fini ! Je rentre !

11 AVR – Bonjour ! On mange vers quelle heure ?

12 AVR – Je suis awake, je vais prendre le bus !

12 AVR – Je suis dans le bus

13 AVR – 22h30 ??

13 AVR – D’ac merci !

14 AVR – Je suis dans le train :-)

14 AVR – Chui a bon port ! Bisoux bisoux bisoux

16 AVR – Ca va ca va ! On dort sous tente puis on aide bien ouais ! Y a queudalle de réseau par contre, dsl si jrepond pas tout de suite. Tout va bien pour vous ?

16 AVR – Elle part quand maman dja ? Aujourd’hui jai planté une cloture, monté Zébulon, et couru après les anes. C’était trop bien mais chui CREU-VÉE !

17 AVR – Vous avez acheté un new mobile ?!

17 AVR – Mdr !

18 AVR – Bon voyaaaage ! Bisous <3

19 AVR – Boujour ! Le train arrive a 15h13 a bdx

19 AVR – Je suis a Toulouse, j’attend le train. Pas de retard !

19 AVR – Oui oui, je suis dans le train

19 AVR – Je serai voiture 16, fin du train quoi

20 AVR – Jpeux manger a la maison puis aller dormir chez anais ? On doit organiser sa fête…

20 AVR – Que fais tu ?

20 AVR – Je le fais

20 AVR – Hihi chui arrivée xD Bonne soirée

21 AVR – Les courgettes sont presque cuites !

22 AVR – Je sors du coiffeur

22 AVR – Oki

22 AVR – En fait jpense pas que je mange ici ce soir, mais je serai la a 17h30 pour t’aider ok ? Et demain midi je mange avec toi kebab.

22 AVR – Oki

22 AVR – Jy suis !

23 AVR – Je suis au tchai, a moin le quart jessaierai detre a la maison pour dire coucou !

24 AVR – Je vais essayer d’renter avant midi !

24 AVR – Anais peut dormir a la maison ?

25 AVR – Je rentre vers 19h, tu pourras me préparer un ptit frichti a manger stp ?

26 AVR – Je sors dchez anais

28 AVR – Euh 17h30 c lheure a laquelle jariv a la maison mais jvais essayer, tu peu me préparer un sandwich pour un gouter vite fait sil te plaiit ?

28 AVR – Oki merci

30 AVR – Je rentre a la maison…

30 AVR – Tu peux appeler le lycée pour prévenir ? Sinon ils vont envoyer un mot

30 AVR – Mcii

30 AVR – Ya du thé chaud !

07 MAI – Je vais passer a la maison avant

08 MAI – On est levés, on nettoie et jarrive !

08 MAI – Jariv !

11 MAI – Je prend le bus ca va !

11 MAI – Je passe pa a la maiso n finalement

13 MAI – Jai oublié mon livre danglais et c trés important alors a 13h30 je passe a la maison pourras tu me préparer un sandwich sitoplé ? jaurai pas le temp de manger sinon…

13 MAI – Non c’est bon jai trouvé un livre désolép our le dérangement

13 MAI – Désolée^^

15 MAI – Je vais etrew en retard

15 MAI – Ben dabitude jarrive a la demi ! La je sors du bus. Jai rdv a 18h au tchai avec anais, c dacord ?

15 MAI – Okay thanks

16 MAI – On arrive

16 MAI – Jai plus de baterie

17 MAI – Tout va bien

17 MAI – Oui c est clara

17 MAI – Estce que je peux dormir, chez lani parceque tatri c hiper loin et j ai un peu peur ?

17 MAI – La fille de l américaine asiatique

17 MAI – Merci !

17 MAI – Je pars de chez lani, ell e habite a la gare. Clara

18 MAI – C’est quand qu’on va voir good morning england ? Tu sais un lundi soir, la dernière séance du film…

18 MAI – Ok merci

18 MAI – Je rentre pas de suite, jvai a steak-fripes avec des coupines

18 MAI – Ah oui ok mais la jpourrais pas

18 MAI – Jarrive

19 MAI – Je rentre a la maison

20 MAI – Oups !

22 MAI – 14 en commentaire de texte sur victor hugo, YES !

22 MAI – Mais 11 en espagnol

22 MAI – Tu peux acheter du lait stp

23 MAI – Oui je tai dit que je dormais la bas et tout, je rentrerai vers 11h demain. Bisou bisou

24 MAI – Je pars de chez emeric !

24 MAI – Sauf qu’on a loupé le bus et que le prochain arrive a 11h >.<

24 MAI – Dacodac

26 MAI – 18\20 en histoire !

26 MAI – Ben kiné

28 MAI – Euh… Vous etes ou ?

28 MAI – Jpeux ouvrir le cado de jean marc baillieu ?

29 MAI – On est toujours pas arrivé !

29 MAI – Oui oui :-) désolée javais pas mon portable sur mwa ! Gros bisoux

30 MAI – Tout va bien c super cool jme croirai dans un agatha christie dans cette vieille maison au bord de la mer ! <3 bon week end a vous deux !

01 JUIN – On part d’ici a 15h !

01 JUIN – Oui tout baigne, on démarre ! Jvous tiens au courant !

01 JUIN – Oui surement ! Bisoux, jéteins mon portable jai plus dbaterie je le ralume si probleme.

01 JUIN – Jarive a bordeaux dans 30 km

02 JUIN – Je pars de la rock school

03 JUIN – Ok T.T Bisoux

03 JUIN – Jpeux rester au cours de chant de léaaaa ? Jai pas de boulot :-)…

03 JUIN – Okii

04 JUIN – 11/20 en physique et 18/20 en latin =D

04 JUIN – Ui

04 JUIN – Je rentre !

05 JUIN – 15 en espagnol !

05 JUIN – Jpeux arriver a 20h15 ?

05 JUIN – Oki ! C paske le cour d’anais comencé a 19h en fait…

08 JUIN – Il faut vite que tu me passes carte vitale+chèque…

08 JUIN – Je suis cours victor hugo jarive !

10 JUIN – Tu pourrais poster les cd et macheter du produit a zyeux stp ?

11 JUIN – Est-ce que vous m’autorisez a ne pas aller en cours cet aprem ? Yé soui trés fatiguée !

11 JUIN – Oui cté top ! donc je serai la pour midi et demie, merci boucou ! Faudra apeler le lycé

11 JUIN – Oui sauf si ya pasassez

11 JUIN – Ok super

12 JUIN – En fait je rentre a la maison a midi

12 JUIN – Chez anais :-) oui tout va bien et vous ?

12 JUIN – Euh t’es où ?

13 JUIN – Ca va ?

13 JUIN – Tout va bien =) la chui avec lou, il fait bien chaud ici aussi. Ce soir y’aura lucien aussi. Jai acheté 3 pizzas surgelées et des framboises. Gros bisoux, gaffe au coup de soleil !

13 JUIN – Oui

13 JUIN – Ca va ?

13 JUIN – Oui verry verry kood’ :-) bonne soirée

13 JUIN – Merci vous aussi =)

14 JUIN – Bon ap’ :-)

14 JUIN – De la laitance et des oeuf de poisson a la poelle, sil vous plait ! (Je suis chez lucien ;-)) Et vous ?

15 JUIN – D’ac ! Oui oui ca va. A ce soir

16 JUIN – Peux tu appeler caverne pour savoir quand est mn rdv svp ?

16 JUIN – Mercii

18 JUIN – Ca va micha ! Et vouvocha ?

19 JUIN – Elise ma apelé c ok pour le 23

20 JUIN – Jai pas le temps de regarder les horaires avant demain. Jespère que tout va bien, moi oui. Bisoux !

20 JUIN – Mdr ^^

21 JUIN – Bonneuh fèteuh papa =) bisoux bonne journée !

21 JUIN – Oui tout va, le concert s’est bien passé ! Et vous ?

21 JUIN – C ce soir, pour linstant y a que anais qui dort ! Bonne journée jvous tiens au courant <3

22 JUIN – Bonjour ! Vous arrivez a quelle heure ?

22 JUIN – Oki oui oui

22 JUIN – Je vais avoir 10min de retard

23 JUIN – Je suis arrivée !

26 JUIN – Bjour ! Très peu dréseau, tout est nickel, gros bisous love !

26 JUIN – Ca va bien jai rien oublié, le bjour des filles, jespère que tout va pour vous ! Gros bisous <3

1 JUI – Je suis a toulouse, jarrive a 15h13 normalement :-)

1 JUI – Ouf mon portable marche enfin !

1 JUI – Retard 15 min !

1 JUI – Est-ce qu’il fait aussi chaud a bordeaux ?

1 JUI – Olala mah qué calor !

1 JUI – Oui papa !

1 JUI – Numéro 15 :-)

1 JUI – Jentend rien, sms moi stp

1 JUI – Je tai dit que je suis en retard, jarrive a la demie minimum :-(

2 JUI – Oui oui ! A ce soir, bisou !

9 JUI – Très bon pastas très bon ! Bisou !

9 JUI – Je suis dans le bus, j’arrive dans 2h maxi. Bisous

11 JUI – Vous ou nous trois ?

11 JUI – Oui mais je sais pas où manger x) ok je viendrai !

11 JUI – Est-ce qu’on a une ventouse ? Les toilettes danais sont bouchés…

11 JUI – Bon alors je vais ptete passer !

15 JUI – Oui je suis a 20metre

15 JUI – Jvai acheté des bonets de bains pour les pieds !

15 JUI – C bon jai sauvé le couteau ! On embarque en retard ya un probleme

15 JUI – Jai fait les yeux du chat potté dans shrek et ils m’ont dit de le confier en cachette a la dame du Relay, qui a accepté gentillement et qui l’a mis dans une enveloppe avec mon nom et mon num :-)

15 JUI – Je suis arrivée

19 JUI – On va a la campagne ! Tout va bien ? C’est quoi le code postal de Tresses svp ?

21 JUI – Demain on vous appelle pour parler de la date d’arrivée a bdx. Bisoux a demain <3

26 JUI – Coucou c clara jai plus dcrédit avant le 31… On est a eljadida et on cherche une maison ! Bisou vous deux

28 JUI – Jai trouvé bon musique a papa et foulard beau a maman ! La plage au maroc c trop bien ! Tout va, meme pa malad. Gro bisou !











Maintenant le oui - Ian Monk


[en écho à...]



4

maintenant le oui c'est toi qui marches pieds nus dans un
champ par exemple oui ce sera un champ ça fait estival et
romantique à la limite un champ d'herbes folles et vertes et
non identifiables peu importe on est pas là pour admirer les graminacées
maintenant le oui c'est toi dans une robe noire mais pas
petite du tout tu te fous du look Chanel d'ailleurs tant
mieux peux pas supporter cette fausse libération de la femme ou cette
remise plombée sur un piédestal de merde du statut de la femme
maintenant le oui pour toi c'est la terre là sous tes
pieds là tu la sens comme les herbes qui te chatouillent les
pieds là puis les mollets et puis les cuisses et cetera puis
le monde tourne redevient dur et lisse sous tes chaussures de ville











Maintenant le oui - Gwenaëlle Rébillard





video













Fabrikasharia - Antoine Dufeu


[en écho à Le vent]




Chants de construction



Deuxième volume : Triomphes et défaites



SAISON 4. ESQUISSES D’UN JE (EXTRAITS)




































.






S'agitent les grelots - Maurin et La Spesa


















MoNTaGeS 1 eT 2 - Guillaume Séguron






















Des(s)ein - Kelig Hayel


















Avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard - Pauline Gélédan





























Nous maintenant oui - Pierre Vinclair



et si mis à part ceux qui sont
explicitement contradictoires
cercle carré de l’existence
des référents des noms aucun

pas même la méthode
ne peut nous faire douter
l’expérience


la question du rapport des phrases à ce qui leur est extérieur et les modalités de renvoi de celles-là à ceci ne peut pas se trancher par l’usage même des phrases


révèle ce qui existe ici
et maintenant le bon sens
décide du contraire


la dénotation n’est pas l’objet d’une science mais d’une mystique


l’existence d’une chose ne peut

rencontrer la question
que de façon factuelle
mais nous maintenant
oui











Alors j’ai dit oui - Fabrice Caravaca




Alors j’ai dit oui. Il faut soulever le couvercle. Suivre la ligne de chemin de fer. Et faire la longue prière aux hommes. Le kaddish. Toutes les mamans mortes. Tous les oiseaux. Oui aux vagues. Aux états d’âmes. Au cœur magnifique de l’homme. Et le tigre n’est pas mort. Et je suis un animal aux dents longues. Je connais la route. Je vous aime. Je reviens mon ange. Je vais chanter et marcher sur la terre. Goutter l’ocre et le vermillon. Cela ne s’arrêtera pas. Les sacrifices. Le beau sang de l’amour et de la saine violence. Les lèvres du papillon. La colère du singe et des arbres. Mon fils touche mes doigts. A la lune. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui au ciel. A l’indigo du ciel. Au paradis. A dieu qui nous tend les bras. Aux larmes infinies. Aux visages fatigués. A l’épuisement. Que mon sexe vibre. Que mon doigt se dresse. Que je fasse le poids. Que je m’enfuie. Que je plonge. Oui à l’étang. A Ophélie. Au diable qui me ronge. Les bêtes encore. Les touches de piano. La folie. Cela ne fait que commencer. Mon amour. Je chante. Je vais. Avec les mains.

A mes amis perdus. A la joie retrouvée. Aux étreintes folles. Je suis de cette saine et folle folie de la lune. Je suis du chat et de la constellation d’Orion. Je ne pardonne à personne. Parce que j’aime. Jamais il ne faut que l’on s’y retrouve ou que l’on se retourne. Toujours une pensée maladroite d’avance. Rester gravé dans le cœur du cœur. S’avancer comme un ange en furie. Être du fond des grottes et du fond du puits. Des prières contre le corps. Continuer de s’embrasser et recommencer sans cesse. Manger sans retenue les rues de toutes les villes et les nuages au-dessus. Ô les incendies et les asiles nocturnes. Les déments sans dents qui traînent dans les rêves et pénètrent dans vos appartements. Célébrons les feux de la Saint-Jean et les équinoxes. Les longues nuits d’été pleines d’orages et de sentiments propres aux mensonges. La chaleur hermétique des radiateurs et l’ivresse de la vapeur. Rien ne nous sera pardonné. Ô seigneur je suis debout les bras levés au ciel. Les souvenirs remontent et je remonte la pente. Je nage. Je suis la pluie en ce moment et demain l’hiver. Il y a en-dessous des bruits qui ne ressemblent qu’à nous.

Sur la tête des enfants de l’huile. Des baptêmes pleins de superstitions et d’envies. Nous ne sommes pas là pour en revenir. Toujours pour repartir avec les dix doigts qui nous restent. Manger des cornets de ciel. Boire après l’hallali et courir comme le lévrier et le cochon des bois. De l’ivresse de la bouche cracher les yeux. Je suis de ce pays-là. Des sables mouvants et des passerelles. Du chant de la grive et ses trilles de lait. On s’assoit pour avoir la figure du grand. Les ceps nous terrassent. Nous nous envolons de conserve. Les grappes et moi. Un espace plus grand encore que le fragment de tes lèvres. Les murmures répétés de ta respiration endormie. Je t’aime. Des bras gros comme l’enfer. Des dents qui pensent. L’haleine prochaine est notre avenir.

La route est une sente qui danse. Les pas légers respirent le thym et l’ail. C’est l’heure des morts d’autrefois et des amours herbeuses. Des chants. Des bêtes sauvages qui respirent dans la pièce à côté. Nous n’avons rien fait, rien vu. Nous sommes dans les draps de nos mers intérieures. Nous avons soif. Nous sommes le sel et la soif du sel. C’est l’épanchement du sol sur la terre. Et la terre qui remonte en nous. Du sable dans les bouches. Et les bouches font le verre et vomissent de l’argile. L’époque n’est pas aux froncements de sourcils. Elle n’est pas. Elle ne veut rien. Et aussi ne veut rien dire. C’est une époque de corps. Ce n’est pas celle de la transpiration. Elle est molle. Les poissons font des bulles et ont de belles écailles contre la raison. C’est l’air que nous respirons qui nous empêche de devenir de vrais fous. Je t’aime.

Nous n’en reviendrons pas. Les fleuves et les roses qui coulent. La morve et les doux pleurs. J’aimerais que quelque chose soit vraiment dévoré. Que le cœur dans son rythme boum boum soit mes gencives qui saignent. Des papiers qui encerclent les bouts de pain parlent les langues des bouts de pain. Mon sexe sort du pantalon. Dans l’eau et la prière les bouts de sexe et les bouts de bras. Fragments de mains. Fragments de dents et de pieds. Fragments d’odeurs. De sexe. Alors j’ai entendu oui. Et j’ai dit oui. Oui. Oui encore une fois. Oui.

Sur les doigts une brûlure. Des piqûres d’insectes. Des vestiges. Nous ne sommes que des étoiles qui volent. Des reins, un foie, des poumons nous possèdent. La maladie, la nostalgie, la victoire. Il ne faudra plus parler pour demain. Je t’aime. La lande est là devant nous à perte de vue. Causse jaune et bleu. Route qui n’est que le milieu de la route. Fin qui n’est que le milieu de la fin. Cœur qui n’est que le cœur du cœur. Bonheur sans partage.

Oui à la naissance du feu dans l’éclat de silex. A la naissance de l’homme dans l’éclat de rire et le jaillissement de la voix. Oui aux grands arbres. A la force du chêne et à la nourriture. Que les corps soient massifs et forts et tendus vers l’avenir, vers la construction d’autres corps au milieu de la terre. Oui à la révolution incessante de la planète. Et à la lune qui tourne autour. Oui aux orbes et aussi aux rondeurs de la femme. Oui à tous les arrondis. Et oui aux femmes pliées en deux par la douleur des règles. Oui, que ma joie revienne dans le chant. Dans le rituel de la langue et de la bouche. Dans la main qui touche l’autre main. Aux camarades. Et à la nuit qui nous garde comme un troupeau d’affamés. Oui aux jours qui passent et à la fortune qui est la nôtre de pouvoir les compter passer. Oui à tous nos morts. Qu’ils demeurent en paix à l’intérieur de nos têtes. Oui à la goutte d’eau et à la sueur. Oui à l’eau qui coule comme ruisseau. Et oui à la peau. Aux appels de la peau. Ma main te célèbre. Mon regard te célèbre. Mon sexe te célèbre. Je tourne autour de la célébration de ton corps. Avec la bouche et les dents. Avec la langue et les lèvres. Oui.

Oui aux mots qui dévalent nos corps. Aux vieilles histoires qu’on a oubliées. Ils sont tous fous à la fin.

(à suivre)









Où tu es né nu maintenant y es tu - Aurelio Diaz Ronda



Je suis tout retourné. Toi. Il y a de quoi. Je suis né retourné. Je n’aimerais pas. On naît tous ainsi. Je suis. Reconnaissant. Né avant. Je suis. En retour. Reconnu. Né. René. Renaissant. Mon nom. Non. Venir. Pour renaître. Je suis revenu au monde où je me rêvais nu. Rien. D’autre. Nulle part où aller. Je suis nu. J’ai fait. J’ai. Je suis né d’une passion. Ma part. De patience. Je suis un. Je suis parti. Nul. Je ne suis pas. Je suis une partie. Non. J’étais. Je suis un tout. Maintenant. Je suis maintenu. Une partie. Un départ. Une partition. De plaisir. Entre parenthèses. Le mien. Des mains. Une main. Deux mains. Maintes raisons m’appuient. J’étais deux. Me tiennent. Maintenant. Aux jointures. Dans le un. Non. On était le deux. Dans le un. On était un. Deux. Tout. Déjà. C’est fini. Ça a toujours. Et c’était. Ça n’est plus. Un cas. Pourtant. C’est inscrit. Tout le temps. Je suis né d’un cri. Où ? Dedans. C’est un secret. Mais dedans. On naît tous ainsi. Pour personne. Toi. Dans la chair ? Je n’aimerais pas. Entre nous. Deux. Dans la mémoire. L’incorruptible inscription. Des corps. Rompus. Souvenirs. Souvent. Je suis repus. Non. J’étais. Je serai. Peut-être. Maintenant le non. Non. Le lien corrompu. Seulement. Pas choisi. Le lien de chair. Le long du sein. La dent. Oui. Le non. Expulsion. Au bout. Du sang. S’extraire. Je n’aimerais pas. Bon sang. La lumière. Au lieu de choir. Un cordon. Mort. Oui au non. Au monde. Re. Mort. Bientôt. J’attends. C’est nous. C’était on. C’est nouveau. Ses tétons. Oh non. Repus. Non fois non. X fois. Rien n’est. Égale oui. N’égale ça. Non. C’était. Égalait. Régalait. Maintenant. Pour toujours. Offre. Bientôt morte. Jamais. Peut toujours refuser. À on. Non. À moi. Se. Coffre vide. Un. Divin. Une fois. L’œuf. Comblé. Venu. Je suis. Né. Dans le miroir retourné. Je n’aimerais pas. Comblant l’espace de mes cris. Y. Retourner. Vers le plein. À moitié. Le chemin. V. De vivre. Écartées. Vide. Je suis né pour moi. De. Rien. Pour. Allonger la rive. Je suis arrivé. Re. Commencer. Faire. C’était. Non. Autrement. Comment c’est ? C’était. Tais-toi. Toi. On naît tous ainsi.













Tenu
ça déborde - Aurelio Diaz Ronda




B. a dit : tu tiens le bon bout. Ça veut dire ce que ça veut dire. Le bout déborde. Ça veut dire. Un morceau sort de ta main. Ça veut dire que ça veut dire. Un objet qui dépasse. Ça dit ceci, ça dit cela. Un objet sur une partie duquel ta main se referme, pour le tenir, mais dont l’autre extrémité dépasse, obligeant ta main à rester entrouverte. Ça dit ce que ça dit. Ce serait mieux si ta main ne tenait rien. Ça dit que ça dit. Mais elle risquerait alors de se refermer sur elle-même en un poing serré. Ça dit ça. Tu tends l’objet par le bout qui déborde. Ça dit : je veux. Tu veux que moi, je libère ta main. Ça dit que ça. Tu attends pour lâcher l’objet que ma main prenne sa place dans ta main. Ça dit que ça veut encore. Sûr que si quelqu’un nous voyait, il me prendrait pour un objet dépassant de ta main. Que ça veut encore ça. Tu tiens l’objet qui dépasse pour empêcher que nous devenions l’un pour l’autre des objets tenus, manipulables dans nos mains. Dire ça. Tu laisses l’objet déborder pour te rappeler, pour nous rappeler que nous devons éviter de garder les poings fermés. Dire que ça veut ni dire ni taire. Mais un poing n’est-il pas toujours fermé ? Ça dit : ça veut. Et aussi éviter de nous maintenir comme la main qui tient un objet ou comme l’objet qui se tient ou tient dans la main. Ça veut ça, ça dit ça. Le bout déborde. C’est bien ça. C’est B. qui l’a dit. De l’avoir dit. Que tu tiens le bon bout. C’est bien. Et même qu’à présent ça tient tout seul.

[ça est un texte de O'Felix]













L'origine des espèces, hypothèses - Jean Marc Savic
































Maintenant le oui - Anne Kawala

















Maintenant le oui - Anne Kawala


















Lâcher la pelle et le marteau - John Froger




Entre deux mondes je ne cesse d’être. Je m’en vais leur dire merde à ces deux-là. Sans ces deux mondes, mes mains seront vides, n’auront plus ces deux murs épais à pousser. Mon regard embrassera l’étendue du monde. Sans doute je ressentirai comme un vertige et je tomberai. Je resterai là un moment à goûter l’herbe, le goudron, la poussière, le lino… ce qui se présentera-là à ma bouche, à mon corps. Avant de me redresser et d’avancer. Sans œillères. Sans lunettes. Sans prothèse ni protection. Une immensité au paysage flou qui fout la trouille. Un vaste chantier sans maître d’œuvre. Putain ! Par quoi je commence. Lâcher ce que je tiens encore. Bon. Je me présente. Bonjour. Oui. Excusez-moi. J’avais la tête ailleurs. Voilà. J’y suis. Rassemblé. Enfin. Je parle. Nous parlons. Quelque chose va pouvoir commencer. Commençons. Le téléphone vibre dans ma poche. Là tout de suite je ne peux pas vous répondre. « Numéro privé. » Désolé là maintenant c’est un chantier public. Rappelez aux heures de fermeture. Être tout entier à l’œuvre sans en faire une nouvelle obsession. Sans besoin de remplir. J’imagine très bien que ce soit possible. Mais je vois très bien qu’hier c’était encore tout à fait impossible. Non. Justement non. C’était le monde d’hier. Comme lorsqu’on croyait que la Terre ressemblait à une galette bosselée entourée d’océans. On croyait qu’on pouvait atteindre les limites du monde alors qu’on entrevoyait seulement les limites de notre imagination. L’orgueil humain, lui, était illimité. Il l’est encore, déplacé. L’homme s’exprime en se mesurant au monde. À croire que la liberté d’expression est née d’un corps de femme. Et que l’homme l’a réduite à son orgueil. C’est con. Surtout c’est toujours navrant d’écrire, sachant bien qu’on ne parle que depuis soi mais avec tout de même l’ambition d’en sortir, et de s’entendre dire par soi-même qu’on ne fait que rendre plus important son sujet. Rien de tel pour vous couper l’herbe sous le pied. Rien de tel pour inhiber la liberté d’expression que vous mettiez au travail. Vous cherchiez à parler librement, sans vous cacher, sans vous répandre non plus, et vous vous retrouvez encore à vous mesurer au monde. Je retrousse mes manches. Du temps, j’en ai. Je mesure là où j’en suis. Et je vais, faisant quoi je ne sais, mais sachant désormais que rien de vivant pour moi ne se fera sans toi.













Monsieur, maintenant, Monsieur - Olivier Bardoul




A — Monsieur, prenez place ici, je vous prie.
A — Faites comme chez vous, Monsieur.
A — Asseyez-vous, un instant, je suis à vous, Monsieur.
A — Oui, Monsieur, bien entendu, nous allons donner suite. Attendez là s’il vous plaît.
A — Votre tour viendra, Monsieur, n’ayez crainte.
A — Vous êtes le profil même de celui que nous recherchons. Ne vous l’a-t-on pas encore dit, Monsieur ?
A — Un instant, on va vous recevoir.
A — Patientez encore … encore quelques minutes. Vous savez ce que c’est.
A — Tout va bien se passer, entendons-nous bien, c’est votre tour bientôt, je vous le promets.
A — Vous ne serez pas mal loti ici, vous savez.
A — Tout de suite, je vous tiens informé.
A — Ici, maintenant, c’est le moment, vous êtes prêt, vous ? Accordez-nous une ou deux minutes et …
A — Oui ! Un moment je vous prie.
A — Vous pouvez vous rasseoir, vous serez averti, on va vous prendre en charge, n’ayez crainte.
B — Monsieur, oui vous Monsieur, vous attendez depuis un moment déjà. C‘est vous n’est-ce pas ?
B — S’il vous plaît, ne restez pas dans le hall, passez à coté, je vous prie. On va vous recevoir, incessamment sous peu.
B — Que puis-je faire pour vous ? Vous attendez et ? Un instant s’il vous plaît. Oui, j’écoute ?
Bien Madame, voilà qui est intéressant, nous allons pouvoir en discuter. Merci bien, ne quittez pas.
B — Monsieur, Monsieur ! Je suis à vous le temps de traiter cette affaire au téléphone.
Surtout ne vous impatientez pas, Monsieur.
B — Voilà, je vous l’assure, nous allons vous recevoir dès que possible.
B — Asseyez-vous, Monsieur. Allô …
C — Monsieur, Monsieur, permettez moi, Monsieur …
C — Ça fait un moment n’est-ce pas ? Dites-moi ?
C — Permettez… un conseil, détendez-vous, ça vous aidera à temporiser.
C — Vous attendez depuis longtemps ?
C — Décontractez-vous, Monsieur. Je disais ça …
C — Maintenant …
C — Si vous voulez, Monsieur, parlons-en.
C — Oui, je vois … vous souhaitez une réponse, cet entretien a de l’importance à vos yeux, je n’en doute pas.
Un conseil : Soyez patient !
C — Et depuis quand déjà ?
C — Depuis si longtemps, vraiment ? Je comprends.
C — Comme vous voulez mais il faut être patient. Vous savez oh combien aujourd’hui les places se raréfient.
C — Avez-vous essayez de vous adresser à côté ? La concurrence, oui ! Ils pourront au moins vous renseigner.
C — … vous donner l’opportunité, qui sait ? Ils trouveront bien un moment.
B — Monsieur, permettez, Monsieur !
B — On va vous recevoir, c’est entendu.
B — Maintenant, là, c’est difficile de vous dire dans combien de temps exactement.
B — Comme vous voulez, Monsieur, bien, Monsieur. C’est bien normal, Monsieur. En effet … naturellement, Monsieur.
A — Monsieur, vous partez, Monsieur ? Vous êtes attendu pourtant.
B — Oui mais … Monsieur patiente depuis …
A — Plus pour longtemps, Monsieur, détendez-vous.
A — Vous avez un profil épatant, ça ne devrait plus tarder, bientôt, vous savez.
B — C’est aussi mon avis.
B — Et si vous attendiez dans le hall un instant. Non ? Vous n’avez pas le temps, vraiment ?
A — Comme vous voulez. Mais je serais à votre place … maintenant, à vous de voir.
B — Même plus un moment à nous accorder là ? Comme c’est dommage.
A — Plus pour longtemps longtemps maintenant … pourtant.
B — Bien, dans ce cas repassez nous voir, Monsieur, nous étudierons votre proposition avec grand intérêt, vous savez.
B — Quand nous serons plus à même de vous recevoir. Excusez-nous encore, et soyez patient, à bientôt, Monsieur.














Posture au pipeau - Maurin et La Spesa








Comment affiner le contrôle du système postural afin de réguler son équilibre ? - Maurin et La Spesa



Durant la genèse de leur association artistique, Maurin et La Spesa ont eu très tôt l’intuition qu’il leur fallait créer avant tout un système postural hors norme, afin d’appréhender le phénomène physique incontournable de la pesanteur, et de débarrasser leur cerveau des contingences corporelles : pseudo-vertiges, instabilité, déviation de la démarche, etc.

Tout le monde sait qu’en milieu hostile ou inconnu, il est indispensable de se doter d’un contrôle affiné de la posture qui permet d’être à l’écoute de ses appuis - les élargir le cas échéant -, d’autoréguler son équilibre en fonction de ses choix de mouvements afin de favoriser le développement d’une palette de nuances appréciables dans l’expression plastique et visuelle proposée (c’est la moindre des choses). Il était hors de question pour eux de se rendre responsables d’une absence de mouvements prolongée et totale, au risque de provoquer une discontinuité majeure de l’entrée vestibulaire du système.

Dès lors, les artistes feront appel à la dimension cognitive pour trouver une stratégie à partir d’une référence gravitaire verticale et assurer une stabilité dans l’orientation spatiale d’exposition. Ils éviteront les répartitions anormalement asymétriques et basculeront de solutions binaires à des solutions chaotiques quand le besoin s’en fera sentir, tout en maintenant l’activité tonique et de stabilisation des masses corporelles.

Maurin et La Spesa n’étaient pas nés de la dernière pluie : ils avaient connus comme tout un chacun les affres de contraintes mécaniques anormales et répétées : les difficultés dans les articulations d’un axe stratégique, les dérèglements du fonctionnement des entrées et du rendu, et trop souvent les oscillations posturales de la station debout certains soirs au comptoir : en vérité il faut savoir que c’est dans la nature même de la construction du corps humain de favoriser le mouvement plus que la stabilité !

Il s’agira donc dans toutes ces situations délicates de pratiquer le repousser du sol, aidés en cela par le plateau inertiel de guidage (sorte de conseil d’orientation), de garder souplesse et décontraction – pas de rétractions, tensions, ni de tassements inutiles -, de maintenir enfin la posture en dépit des forces contraires et de s’adapter en permanence au rééquilibrage de cette dernière.

La Spesa : Maurin, tu m’as l’air bien endormi pour l’heure ! Besoin d’une reprogrammation posturale ?

Maurin : Détrompe-toi ma chère, tel que tu me vois là, je me déroule en rafale … en prévision d’un autoagrandissement à l’horizontale.







Quelque part une lutte - Sereine Berlottier



quelque part une lutte s’éteint
feu assoupi
partagé dans le noir
quand sous la lumière
seuls
chauffés
ceux qui tremblent
ceux qui caressent
ceux qui fondent
dans la lumière
(cette lumière)
ceux qui déglutissent avec une râpe
plantée au fond
ceux dont la main
crispée sur le pantalon
étreint une main invisible
ceux qui
sont ailleurs ou bien ceux
qui sont restés sur le bord et ceux
que la tristesse d’avoir failli
accable ou qui cachent
en marchant sur les pavés une joie
imprécise à l’odeur de pomme salée et ceux
qui veulent mourir
dans pas longtemps
sans savoir qu’ils sont assis près de
celui qui a déjà choisi une date ou encore
(différemment)








Maintenant le oui - Ian Monk

[en écho à...]



3

maintenant le oui pisse ta vérité tout seul en rentrant en titubant
de chez les filles oui seul et silencieux et con et mou
juste comme il faut oui pissant ta putain de vérité de vinasse
de blonde contre la porcelaine de tes chiottes finement blanches et crades
maintenant le oui laisse immobile là ta langue rougeâtre râpeuse et flasque
oui elle reste collée là beurk contre ton palais de glace muette
comme l'armée française en soi-disant manœuvres dans un pays africain
soi-disant indépendant ta gueule alors oui n'en parlons surtout pas
maintenant le oui modèle ta vérité devant ta meuf adorée la mère
de tes enfants putain c'est pas de la tarte quand même
nom d'un nom alors qu'elle mouille encore grâce à son
oui à elle ta gueule encore connard sinon tout fout le camp








Les trois premiers jours - Marc Perrin

[en échos à, et à, et à]



[Le premier jour.] Tu es face à l’étendue muette. Espace. Tu es face au flux et reflux du mouvement des vagues. Tu es dans la lumière, vive. Ciel blanc bleu, chaleur. Tu es en haut d’une falaise et face à toi l’étendue muette. Pas besoin de parler. Ici. Le regard sait tout. Le regard. Et le corps tendu dressé vers le blanc bleu. Dans la chaleur. Dans l’imminence du saut. Tout le possible face à toi. L’ivresse de le savoir, ou de le sentir, est la première ivresse. Tu la multiplies maintenant par le premier geste. Tu sautes.

[Le deuxième jour.] Tu refermes le livre. Tu sais que la page est pauvre et morte sans le corps. Tu refermes les livres. Tu oublies tous les noms anciens. Pas la peine. Inutile. Sont avec toi. Tu cesses le combat du refus. Dans l’oubli des livres. Inutile. Dans leur vie effective enfin par le corps et l’ivresse du nouveau geste. Là oui. Tu fais un nouveau geste.

[Le troisième jour.] Tu articules un mot qui entrave ta marche. Tu formes un mot inadéquate qui t’empêche de respirer et te noue les jambes entre elles. Tu ne peux plus avancer. Tu manques d’air pour continuer. Le mot dans la bouche prend toute la place. Tu ne peux plus l’articuler. Tu ne peux plus parler. Tu ne peux plus marcher. Tu ne peux plus respirer. Cracher le mot. Vite. Cracher le caillot de sang mort qu’est devenu le mot. Cracher la mort une bonne fois. La mâcher. Bien la mâcher. Puis la cracher. Défaire l’entrave. Articuler un nouveau mot. Le même, mais sans le nœud. Maintenant. Le mot défait. Le faire tien. Maintenant. Pouvoir le donner. Ainsi : le mot défait-refait passe d’un corps à l’autre sans qu’il ne soit plus nécessaire à quiconque : ni de faire, ni de défaire, ni de refaire. Maintenant, corps et mots sont ouverts.

À suivre...









Quelqu'un [janvier 2009 - mai 2009] - Marc Perrin

[en écho à...]



01.01.09, 17h29
belle année à toi, et à bientôt

01.01.09, 17h31
belle année à tous les deux, belle année à tous les quatre

01.01.09, 21h54
belle année à toi, et à samedi

02.01.09, 00h06
es-tu allé voir Lorenzaccio, je suis de retour à Nantes, bonne nuit

05.01.09, 18h08
excellent prétexte pour ouvrir les mardis soirs en février, les mercredis en mars, mais d’ici là, nous nous voyons quand, cette semaine aurais-tu du temps, je t’embrasse

06.01.09, 14h07
suis là

06.01.09, 14h09
jeudi soir je vais voir quelqu’un qui danse, on y va ensemble si tu veux

06.01.09, 18h21
20h30, et avant tu peux passer chez moi, est-ce que je te réserve une place

06.01.09, 18h26
est-ce que tu passes chez moi avant, si oui dis-moi juste l’heure et j’y serai, à jeudi

07.01.09, 12h59
dis-moi si c’est bien vendredi soir votre crémaillère, j’ai un doute, et belle année à toi

07.01.09, 14h11
oui, à demain

08.01.09, 16h21
pas possible, est-ce que tu peux le 15

08.01.09, 16h26
le 15 à 21h00 chez toi, très bien

08.01.09, 16h28
je t’embrasse

11.01.09, 20h30
bonjour, c’est quoi ton adresse postale, je t’embrasse

11.01.09, 20h34
merci

11.01.09, 20h38
bonjour, c’est quoi ton adresse postale, je t’embrasse

11.01.09, 20h44
bonjour, c’est quoi ton adresse postale, je t’embrasse

11.01.09, 20h46
bonjour, c’est quoi ton adresse postale, je t’embrasse

11.01.09, 20h54
bonjour, c’est quoi ton adresse postale, je t’embrasse

11.01.09, 20h57
bonjour, c’est quoi ton adresse postale, je t’embrasse

13.01.09, 12h18
ça y est, je l’ai retrouvé

16.01.09, 12h05
petite salle, mercredi, à 21h30, d’accord, à mercredi

16.01.09, 19h18
lundi à 16h00 chez toi

20.01.09, 11h28
et un bonjour de Nantes

21.01.09, 20h52
dans 20-30 minutes

28.01.09, 17h38
à tout à l’heure

28.01.09, 18h06
19h00, aujourd’hui à l’Atelier, rue Chateaubriant, j’y vais

28.01.09, 18h49
au début de la rue Paul Bellamy, première à droite

29.01.09, 19h49
d’accord

07.02.09, 13h11
hélas envahi par un boulot que j’ai à rendre pour lundi, je n’ai pas pu venir hier soir, y a-t-il d’autres dates, bons jours à toi

13.02.09 19h21
j’arrive

15.02.09, 09h29
un petit marché vers midi

15.02.09, 09h30
un petit marché vers midi

15.02.09, 09h32
alors je t’embrasse

15.02.09, 09h44
je t’appelle

17.02.09, 19h35
bonjour, pensées vers vous, mais ce soir je risque de ne pas être très disponible, c’est un mardi où je reçois, mais si tu as besoin, n’hésite pas à m’appeler, sinon je t’appelle demain soir, je t’embrasse, je vous embrasse

20.02.09, 15h20
pour une lecture, ça peut intéresser quelqu’un, voici son numéro de téléphone

22.02.09, 10h49
pour ce soir, option huîtres et lapins, est-ce que tu manges des huîtres

24.02.09, 11h38
réponse 5, à tout à l’heure

24.02.09, 18h24
je vous embrasse depuis Lorient, entre la générale hier et la première tout à l’heure

26.02.09, 19h41
bonjour, mon téléphone était en mode silencieux, se voir demain chez moi à partir de 19h00, si ça te va, j’y serai

27.02.09, 12h21
faute de pouvoir venir ce soir, des pensées vers toi et vers vous

27.02.09, 18h26
oui oui

28.02.09, 11h08
des pensées vers toi et vers vous pour tout à l’heure, je t’embrasse

02.03.09, 22h59
et demain Badiou est à Saint-Herblain à 15h30, est-ce possible pour toi

11.03.09, 10h05
oui oui oui, je t’appelle quand je suis en bas de l’immeuble, vers 15h00, 15h30

11.03.09, 10h18
oui

11.03.09, 15h17,
interception, à ce soir

12.03.09, 11h42
est-ce que je fais des boulettes de viande ce soir, je m’en occupe si ça te tente

13.03.09, 23h20
le téléphone était coupé vers 19h00, puis avec un carton plein de livres je suis rentré et plus le courage de ressortir, avec un train demain bien matinal, on se sera manqués cette fois, belle fête demain, je t’embrasse

14.03.09, 10h44
bonjour, bien reçu ton e-mail, hélas non pour ce soir, je suis déjà dans le train en direction de Toulouse pour une lecture ce soir, je t’embrasse, et à une prochaine fois plus calme

14.03.09, 11h27
bonjour, j’arrive à 13h30, y aura-t-il quelqu’un chez vous dans ces eaux-là

14.03.09, 11h35
volontiers, oui

14.03.09, 11h51
bonjour, est-ce que je peux amener des revues et des livres tout à l’heure, y a t-il de la place pour

14.03.09, 12h37
et chaleur que tu sois là, à bientôt ami, je t’embrasse

15.03.09, 23h42
un peu tard à cette heure-ci pour t’appeler peut-être

18.03.09, 17h14
je prépare de quoi manger pour ce soir, on ne s’était rien dit à propos de ça je crois, à tout à l’heure

20.03.09, 15h54
et d’écouter Les petits enfants en t’écrivant ces quelques mots, pensées

21.03.09, 10h21
je dois être de retour chez moi pour 12h30, on peut se retrouver à 11h00 à Talensac, est-ce que c’est possible pour toi

21.03.09, 10h44
chez moi à 13h00, d’accord, comme ça ce sera moins la course

21.03.09, 11h03
veux-tu amener quelques huîtres

24.03.09, 22h33
peux-tu m’envoyer le numéro de téléphone de quelqu’un, crois-tu que je puisse l’appeler maintenant, je t’embrasse

03.04.09, 20h22
c’est maintenant qu’il faut reprendre vie, relisant le début de Cercle

04.04.09, 19h56
je décolle de Nantes maintenant, j’arrive

07.04.09, 15h42
ne t’inquiète pas, je te raccompagnerai jusqu’à ce que tu reconnaisses ton chemin, à tout à l’heure

12.04.09, 18h16
18h30 à ton bureau demain, d’accord, avec une clé usb, à demain

16.04.09, 18h40
belle soirée calme à toi

17.04.09, 12h25
bonjour, pour vous dire que le code de la porte d’entrée changera à partir du 15 mai, bien à vous

21.04.09, 11h21
bonjour, un petit café du coté du TNB, dans l’heure qui vient, serait-ce possible pour toi

21.04.09, 21h40
je suis à Rennes figure-toi mais ne sais pas de quoi demain soir sera fait, je te rappelle demain

25.04.09, 16h01
et merci et beau jour à vous

27.04.09, 14h56
merci de prendre contact avec moi au plus vite

28.04.09, 11h01
sans réaction de votre part, j’engagerai la suite judiciaire nécessaire

28.04.09, 12h02
finalement je passerai demain, est-ce que c’est bon pour toi

29.04.09, 15h35
et des pensées vers tous les quatre, à très bientôt

30.04.09, 10h06
viens de recevoir et d’écouter, grand oui, à très bientôt

30.04.09 16h31
suis à Nantes, te dis bonjour et à bientôt

03.05.09, 10h02
bonjour, peux-tu me dire pour le dimanche 24 mai si le soir c’est possible pour toi

03.05.09, 16h36
bonjour, désolé mais je rentre demain, je t’embrasse

03.05.09, 16h38
bien reçu et noté, belle journée à toi

03.05.09, 18h00
vous vous doutez bien que votre réponse ne me satisfait pas, à l’exception de la perspective que vous quittiez le studio, j’attends toujours de vous que vous me payiez les loyers que vous me devez, à moins que vous n’envisagiez votre départ du studio très rapidement, je n’abandonne en rien la possible voie judiciaire, que comptez-vous faire, appelez-moi urgemment

05.05.09, 10h02
à tout de suite

05.05.09, 16h46
peux-tu demander à quelqu’un s’il peut amener une caméra vidéo

05.05.09, 16h54
quelqu’un d’ici

06.05.09, 11h25
bonjour, je suis sur la route, je pense arriver en milieu ou fin d’après-midi, à tout à l’heure

07.05.09, 19h21
hélas je suis absent de Nantes, jusqu’au 18

10.05.09, 14h29
voici le numéro de téléphone de quelqu’un

12.05.09, 21h30
eau chaude, frigo, champagne, Internet, tout est okay, à jeudi

13.05.09, 09h15
un peu en retard, j’arrive

13.05.09, 13h03
je t’appelle demain, voyons ça ensemble, je t’embrasse

15.05.09, 12h02
et des pensées pour ce soir, à très bientôt

15.05.09, 13h11
merci merci

19.05.09, 09h57
finalement je ne vais pas venir, ce serait trop la course, je t’embrasse, je vous embrasse












En vue de quelque chose qui ne s'écrira pas - Régis Guigand


Cette envie de faire l’amour.
Je me suis décidé à faire l’amour au monde entier. Je fais l’amour au monde
Mon banquier / ma conseillère Pôle Emploi / mon agent d’assurance } ceux-là aussi je leur fais l’amour
Ils font partie du monde.
Le Président de la République.
L’autre avec sa machette.
Acheter enveloppe de couette
J’ai acheté un drap housse dont je me sers depuis deux mois — je ne l’ai pas encore lavé.
Le corps de l’autre — étrange rapport excrémentiel. Pas de merde, mais quelque chose qui a à voir avec la régénérescence des peaux, cheveux, poils, etc. Et une odeur, proche du ferment mais insupportable.
>cette manie qu’ont les gens de se parfumer.

Il tremblait encore. L’alcool lui sortait par les pores. Le visage englué dans cette indescriptible moiteur. Et cette odeur qui courait à chacun de ses mouvements.
L’alcoolique / le trop parfumé
L’entêtement de l’un comme l’autre à toujours avoir raison et à dénigrer les autres “Ah ! tu ne t’es pas lavé depuis deux jours, beurk !”
>l’hôpital qui se fout de la charité pour exemple
≠ le besoin naturel, le musc, l’odeur de ton cul.
“…poissé dans les draps d’aube fine” comme disait l’autre.

Ouh ! l’eau comme elle est froide
Piscine / étang / rivière / douche

Le corps avec maints imperfections qui apparaissent chaque jour, comme les premiers signes d’une fin prochaine.

Mars Attack à la télévision ah ! ah ! qu’est-ce qu’on a bien ri. Cloué dans le fauteuil (flasque et fondu) quand bien même le téléviseur explose
(mon sexe pénétrant la télé, fourré dans le cul des stars que j’aime.
Cette colère qui fait que je danse dans la rue devant la colonne de CRS.
> prendre la lacrymo, la porter au visage et respirer profondément.
Narguilé = fous-moi ton pistolet dans le cul
Que
Des mots sauvages à l’adresse de celui qui renâcle, qui prend peur, de celui qui refuse, qui reste sourd aveugle, celui qui se tait.
(il pense qu’il n’a plus peur, plus peur et c’est formidable)
faire l’amour avec tous
le monde se compose de

tous ces gens qui te défient du regard comme si tu leur en voulais, comme si tu allais leur sauter à la gorge — Absurde.
Quelque chose qui fuit vers un point inlocalisable dans mon corps et que les journaux
Médias / télé / ils / on
S’obstine-nt à taire
Toujours devoir mettre les mots sur la pensée (= en référence
>au livre
>au postulat
>à la loi
le savoir vivre
et passer un coup de téléphone portable
à la police parce que
l’autre dérange ma vie
/irrite
alors que c’est si simple l’amour.

Combien pour ces belles pommes ?
Et puis trop chères en comparaison de…
La télévision fait des propositions intéressantes
Ça me gratte le cul.

Je déchire un billet de vingt, je le regarde glisser dans le caniveau.
Le caniveau où pissent les cloches de mon quartier,
Avec leurs clébards
Sac en plastique / odeur de pâtée qui pue / vêtement noirci par la crasse
}je fais l’amour avec eux aussi

clochard< >clébard
anthropomorphisme< >cinomorphisme

L’amour avec leur sexe qui pue, rougi, mycosé
Une chaise roulante pour mon handicap invisible s.v.p.
=l’alcoolique qui dit qu’il n’est pas alcoolique
(le menteur « je ne mens pas »)
Faire l’amour avec tous ceux-là aussi ?

Ton sexe abîmé et l’odeur de tes tripes. En présence de ton corps, l’odeur de tes tripes.
{viande froide du poulet mort / vider les viscères d’un canard mort
(froides > impression de mort
(ou chaudes>impression de pénétration sensuelle

Quelque chose de cassé ici = au milieu des rues, des automobiles bien utiles… un rapport au monde bien navrant
L’air de la montagne / le vent sur les marais / la menace dans le sein de la forêt / et l’œil fugace de quelque oiseau qui observe tout cela
>ne cherche pas à comprendre

ouh ! le sommeil.
>en éclair sur un monde vain
>le cou tordu, douloureux, tendu vers la lecture.
Quelle marche ratée dans l’escalier du XVIIIème siècle
À qui la Révolution offrit une rampe
Robespierre / Billaud-Varenne / Cloots / Condorcet / Vergniaud
………………………………………………… / Cambacérès ? } désespoir de ne jamais pouvoir leur faire l’amour.
Ce tee-shirt bleu qui est la réalité> présent
Tout ce que mon cul peut contenir.
Stylo / ampoule / carotte / verre / tasse / transistor / presse / automobile
>cachette
un tombeau pour Anatole.
Quoi d’autre
Lieu du plaisir — coffre de résistance
> sens de la vie >
— c’est par là —
> direction >
Ces litres de sang qui coulent
— et puis un mot pour un autre,
une métaphore.
Et puis tellement dire que…
Dire terriblement, atrocement.
Jusqu’à la perte du sens, c’est évident
> la dent qui crisse / l’œil gêné
(racler la gorge comme pour oublier, gagner une seconde de plus)
Jésus
Marie
Le nom des 13 12 apôtres : j’en connais que 5
P.L.T.T.S. =5
L ? =4
P =5
J ? (acques) (ean)
Ah ! oui J (uda)=6
Qu’est-ce que j’en ai à faire ?
Qu’est-ce qu’ils ont à voir avec mon amour.
Je me tape sur une fesse en disant « Jacques ! »

Mon squelette mal articulé
Ossement de Lucie / charnier à Timisoara / mon grand-père exhumé (idem son frère)
L’absence de squelette de mon père mort
Le sourire de mon cousin mort
>inaltérable (de siècle en siècle)

une larme qui s’échappe, à trop les retrouver
les morts — inaltérables — de siècle en siècle

chaussure trouée qui prend l’eau
nous ne sommes pas plus gâtés qu’il y a 100 ans, n’est-ce pas.
Individualisme et savoir faire.
Savoir configurer un ordinateur
Savoir cultiver des poireaux
Savoir parler en public
Savoir conduire une voiture
Savoir tuer un poulet
Savoir qu’il n’y a pas de limite à l’univers
Savoir demain.
Croire. (essentiellement vouloir, non ?)
Exemple : l’atrocité du monde à tout vouloir régler par oui ou par non.

Et pour vous ? Qu’est-ce que ce sera ?
Un kilo d’huîtres dans ta gueule
Trois citrons dans ton slip
Le corps avachi dans les draps
Et croire que l’alcool le relèvera / le remuera
Lit / heure / alcool
>chercher à ne plus penser > inquiétude > et bientôt douleur
le sang qui circule à toute berzingue
et quelque part là dedans > l’alcool / les virus / la fatigue
l’inconnue mort qui présente sa trombine à chaque fenêtre
>Un certain style cet immeuble d’ailleurs.
Architecture Louis XV, Directoire, Empire, Restauration, Second Empire, Classique, Art déco, Bauhaus, De Stijl, etc.
Une ville avec à chaque fenêtre la possibilité d’y voir la mort = ton visage
« La mort viendra et elle aura tes yeux »

Les os de la colonne qui se soudent
>perroquets
>le David (de Michel-Ange)
ou quelle autre sculpture
quel séisme pour la dégringolade
l’effritement de la pierre
des sentiments
des pommes de terre ?
De plus en plus de marbre :
J’observe le temps qui passe,
J’écoute le trottinement des aiguilles } comme un lion dans sa cage
Quelque chose qui ne participe pas de la vie à l’intérieur de moi.

Mon cadavre à sortir
Par la bouche / par les yeux / par les narines / par les oreilles / par l’anus / par le pénis / par le nombril.
> ne pas tailler le nombril dans le marbre s.v.p.
>le cœur qui pousse

l’estomac à la place du cerveau, lequel dans les talons.
Les intestins comme des dents, drôle de mâchoires.
Les poumons sont des fesses, comme assis sur un accordéon — branle poumon.
Les joues poreuses et ensanglantées.
La vessie cristallisée par les sucres.
Une statue.
Michel-Ange / Giacometti / Marini
Ciment.
Mensonge
Songe (aparté)
Corps correct> suspendu
≠ paillasson > Daniel Tremblay, Raushenberg, Michel-Ange, etc.
Toute cette pourriture qui fait pierre = loess.
Mais bon, je suis prêt à te tuer,
à supprimer ton existence
te faire disparaître de la terre.
À quelles conditions = vivre en étant disparu
vivre alors que mort — la paix pour les siècles des siècles
(disons de seconde en seconde > jusqu’à l’éternité.
J’ai beaucoup de pouvoir. Celui de tuer
de me tuer


et c’est considérable
le sang qui coule au dedans comme un meurtre perpétuel
à l’intérieur de moi et de tous les autres
et le silence de ces corps-là
et tout ce qui ne se dit pas
les draps de mon lit ça fait bientôt quatre mois
(Et un cercle de crasse qui correspond au mouvement de mes pieds — et le point fixe de ma tête sur l’oreiller > cette tête qui pense
ces pensées en rafale comme des blocs de marbre qui tapent contre les murs, cassent, débris tranchant dans l’encoignure — À l’intérieur le flot de sang, de la bouche jusqu’aux pieds = avaler un litre d’eau et le retrouver dans le pied droit.
(pied percé = fontaine, etc)=pensée.
>ne plus penser
> association de pensées
jusqu’à ce que je haïsse le monde
entier } à trop penser.
(Dire que je veux faire l’amour avec le monde entier…
ma pharmacienne / mon boulanger / des gens dont l’obédience politique est fondamentalement opposée à la mienne.










O en haut, I en bas, U entre - Lucien Suel



Oui, à partir d’un certain âge, je n’ai plus sauté dans mon lit. Oui, le peloton d’exécution est une variante brutale du tatouage. Oui, il m’arrive de marcher sur le trottoir entre une publicité pour des pâtes italiennes et un film pornographique crypté. Oui, mon vêtement sert à me protéger du froid et des voyeurs. Oui mais non, les voyeurs n’ont pas toujours une bonne vue. Oui, je suis enfermé dans ma peau comme un saucisson. Oui, je coupe la poire en deux et les cheveux en quatre. Oui, je peux m’étrangler en aspirant l’aspirine. Maintenant ma bouche s’ouvre et se ferme pour dire oui. Oui, mais non, le sperme de baleine n’est pas soluble dans l’eau. Oui, j’admire les gens qui utilisent tous leurs doigts sur un clavier. Oui, mais non, on ne publie ni le cours de la pipe ni celui du haschisch. Oui, j’achète des pots en plastique sur lesquels est imprimé le mot nature. Oui, maintenant, vivre simplement est compliqué. Oui ou non, je pense que la mort est la séparation de l’âme et du corps. Maintenant, je regarde distraitement le plan d’évacuation des locaux. Oui mais non, la table des matières n’est pas toujours signalée. Oui, j’essaie de perdre du poids en montant régulièrement sur la balance. Oui, les guerres s’arrêtent le week-end et les jours fériés. Oui, les journalistes s’efforcent de dire la vérité. Oui mais non, je ne copine pas avec les écrivains morts. Oui, j’attends le jugement dernier et les résultats du loto. Oui, je crois qu’on peut lire le russe en regardant dans un miroir confusément. Oui, certains moines, oui, ok, jouent du piano sous la contrainte.







Maintenant le oui - Michel Fourquet


















22 jours du "Journal de Brigitte Jean'' - Franck Doyen




« ...tout journal porte en son sein même
la débilité flagrante du jour qui vient.»
Marc Darcy, Play-off-journal

« tirer un trait

tirer un trait »
C. Tarkos, Le Signe =



PREMIER JOUR = brigitte jean écrit se demander comme à chaque fois où cela va finir = si c'est un début et bien et comment = si c'est un début et bien et c'est bien cela et c'est peut-être surtout cela = comment aussi retrouver le peu de mots d'hier mais qui faisaient tant et tant et tant = et tant = d'arrière-bouche = d'arrière-gorge = d'arrière-central = tout ce qui ne veut pas vraiment vraiment sortir de = cette cuisine ouverte par de grandes baies = cette campagne qui = revenir à cela oui = suspendre de grands morceaux de toiles dans les champs comme un quelque chose resté en plan = ici et pas ailleurs et maintenant = à l'endroit précis du phénomène autrement appelé stéréoscopics = et qu'il faudra bien tenter de déterminer une bonne fois tout en conservant à l'esprit l'invisibilité médiatique de = toute espèce d'écritures =

DEUXIÈME JOUR = brigitte jean écrit jour de la narration dite = déjà dite = déjà entendue et ici et ailleurs et maintenant et un autre jour mais sans = l'obligation de visualiser même intuitivement (tu m'entends) ce qu'il adviendrait de cette fin de journée sans = aucune des promesses ne sera ni reprise ni tenue ni retenue ni même sans = repli sur soi et rien d'autre qu'un amas de doutes un peu nauséabonds = on aurait pu dire ici nauséeux ou encore boueux ou encore = brigitte jean écrit c'est très bien ainsi = c'est très bien et très très bien = avec ce rien du deuxième jour constitué ni de vide ni de de et de ce qui suit = et cela pourrait suffire = donc =

TROISIÈME JOUR = brigitte jean écrit jour de décompression malgré tout = plus justement dit de décomposition malgré tout = oui et malgré le fait que tout pourrait effectivement = écrire un peu plus loin = un peu plus hétéronyme = dans un jour un peu plus jour = encore écrire un jour + un jour + un jour déjà passés sans cigarette sans café sans vin rouge et sans ces grands dessins dans la nature = dans cet état d'esprit-là = alors que rien ne permettait de situer le point de vue d'où je me trouve et pourtant = la lumière fut si belle hier sous les grands arbres dégoulinants qu'on aurait pu vous y reprendre en = lente marche ascension qui débouche sur = le bas d'une page =

QUATRIÈME JOUR = brigitte jean écrit ne pas attendre le vingt-deuxième jour pour se dire qu'il s'agirait alors (mais alors et pour vous) d'une métamorphose de la lumière = jouer l'ensemble constitué par l'utilité de chaque mouvement = chaque mot là qui tient plus du déplacement que de la distance ainsi parcourue = chaque mouvement + chaque lien + chaque relation établie + dommages collatéraux à toute valise et au gré des = et des = s'enfoncer à cet instant précis dans une arrière-cour avec ses boites ses cartons ses poubelles ses ressentis = qui débordent semblent déborder toujours = toujours autant =

CINQUIÈME JOUR = brigitte jean écrit cela et sans atout ni handicap juste ce son plutôt typique et strident = jour de plis sous les paupières et sous le ciel = jour de plomb durant lequel il s'agirait de ne pas tourner autour = des autres textes = des autres dessins-lumières = retourner voir ce qu'ils cachaient alors et qui n'émergeait pas malgré = les autres textes = les autres dessins-lumières = malgré vos tentatives assez pathétiques ma foi mais pas encore vraiment tout à fait = mais brigitte jean écrit ne pas écouter la mère et la fille posées là dans le fauteuil moutarde d'une salle d'attente granuleuse = ne pas penser à elles ni même à cela = mêmes cheveux = mêmes yeux = mêmes fesses = mêmes voix = ne pas écouter le flot de l'une et l'autre intervertibles sur le fauteuil sauf peut-être les plis du milieu du corps =

SIXIÈME JOUR = brigitte jean écrit se dire que finalement tout n'est qu'une question de = moyen (page + encre + force de communication + voix additionnelles) = une question qui amènera cette textualité-là et pas une autre au bord de = la piscine = au bord d'une victoire au second tour = d'un quick vert et rouge et parfois blanc = cette textualité-là et pas une autre qui a plus à voir avec le rebond en prise western que la trajectoire en prise eastern = cette textualité-là comme on dit de l'épaisseur d'une étoffe qu'elle ne ferait rien contre le javelot lancé à bout portant = et pourtant = passing-shot lifté court et croisé =

SEPTIÈME JOUR = brigitte jean écrit jour de fatigue devant le jour = de grosse fatigue comme on dirait de grosse grosse fatigue = comme on dirait pluriel du mot poésies = de tout ce qui constituerait l'ensemble d'un corps animé en multiples mouvements et autres émotions appelé poésies donc = ou encore poésies donc = en deçà et ailleurs dans un ailleurs bien descriptif et loin de tout ce corps qui pourrait révéler son jus à l'occasion de = N'Y PENSEZ MÊME PAS =

HUITIÈME JOUR = brigitte jean écrit renouer coûte que coûte avec le jour = avec un peu de respiration = avec ce qui ressemble à une respiration ou à de l'écriture et qui ne l'est peut-être finalement pas = pas plus = pas plus qu'une crotte de chien devant la porte d'entrée de la grande boulangerie d'une ville thermale = une écriture donc malodorante et finalement assez = poétique = assez glissante = une écriture dangereuse du pied gauche comme du pied droit mais pas politiquement reconnaissable ou alors = respirer de la merde ou alors = la déposer dans l'urne avec gants et pince à linge sur le nez ou alors = l'écrire =

NEUVIÈME JOUR = brigitte jean écrit jour autrement appelé jour du doute et de la fachine = regarder la terrasse déserte et votre vie qui ressemble déjà à = cet arsenal managérial postmoderne à = ces tables assez moches en plastique sur lesquelles les touristes posent leur cul trois mois dans l'année = à ce plancher pourri et que l'on pourrait répéter à l'infini = plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri plancher pourri = plancher pourri =

DIXIÈME JOUR = brigitte jean écrit ponctuer ainsi d'habitudes de petites vieilles le reste de la journée pour = interroger les fondements même de votre vie = questionner la confusion même entre décomposition avancée de l'être et de l'écriture = décomposition avancée de l'idée et de l'engagement = du jour dixième ou non = chercher à savoir qui regarde tes fesses là maintenant tout de suite qui = oserait là maintenant te mettre la main à la = brigitte jean écrit c'est cela le dixième jour juste après le neuvième jour et avant le onzième = c'est cela et bien cela inutile de le dire non non n'insistez pas = cela une pente un peu caillouteuse et des bosquets d'arbres séchés par appartenance famille et minutie à grands renforts d'économie d'énergie scrupuleuse et corporelle = ne pas oublier de mentionner l'auberge restaurant du bord du lac =

ONZIÈME JOUR = brigitte jean écrit jour du könnt Ich nach Haus = retourner le sens du mot retour = retourner à même le sens du mot retour = retourner à même le sens du mot espace et territoire et lieu et = glisser le long d'un recours aux forêts qui serait = puiser aux quatre coins de la pièce et se dire qu'il faudra vraiment faudra bien un jour = (le vingt-deuxième jour peut-être) = retirer les épines du pied comme le point d'interrogation final autant dire de suspension de la moindre affirmation de soi comme = revenir juste au début du début d'une velléité de plus = un regard sur la goulaine un peu basse sur = la vallée et puis tout ce qui pourrait constituer une bonne = culture d'entreprise = omelette sans casser d'oeufs = une majorité disponible pour approuver les lois les plus dures =

DOUZIÈME JOUR = brigitte jean écrit nous aurions pu lire du temps devant nous comme nous aurions pu lire du temps à perdre = au lieu de se le dire faire semblant d'appartenir à un présent un peu inaltérable = un peu inaliénable = un peu humain finalement qui se libérerait de toute contrainte qui ne soit autre que contrainte = en pierre bleue de tramayes = un ensemble de solitudes et de conséquences à celles-ci et à son propre choix même =

TREIZIÈME JOUR = brigitte jean écrit rétablir une certaine forme = d'équilibre ou de = quand bien même on s'achemine lentement mais sûrement vers une autre sorte de magma de signes = autrement & autrefois & il n'y a peut-être pas si longtemps que cela vous semblait aussi de la lecture = mais de la lecture entre les chiottes dames et les chiottes messieurs = donc au mieux rétablir une certaine forme de vérité qui pré-existe entre les lignes = revenir à cela = à la colline d'en face et à la tasse de café posée à même le sol = à l'instant du travail en vous sur vous et de l'écriture sans penser à la facture un peu salée de tout cela comme = à la facture un peu salée d'un beurre de guérande = comme à la facture un peu salée de vos tentatives d'autres vies entre les lignes = voilà on y revient (enfin) = à la ligne (enfin) = à l'entre lignes (enfin enfin) = reprendre cette activité qui consiste à écrire = malgré son appartenance viscérale bien que consciente à l'écriture même =

QUATORZIÈME JOUR = brigitte jean écrit toujours au fond la question du revenir = comme il y a toujours au fond la question de devenir = laisser l'écriture tout emporter sans aucun trajet pré-défini autre que celui qui = qui se = qui qui = à même la trace de vos souliers et de la trace =

QUINZIÈME JOUR = brigitte jean écrit j'ai un cuba en moi = tu as un cuba en toi = il a un cuba en lui = elle a un cuba en elle = nous avons un cuba en nous = vous avez un cuba en vous = ils ont un cuba en eux = elles ont un cuba en elles = même =

SEIZIÈME JOUR = brigitte jean écrit arriver juste à temps en ce lieu de non retour et d'eau bleue appelé piscine municipale = appelé longs sentiers sous les grands arbres et par tous les temps = appelé point final ou point virgule ou lieu de marge intense et tenu par sa propre marge = un fil noir et rouge = un fil rouge et noir = à moins que ce ne soit le contraire =

DIX-SEPTIÈME JOUR = brigitte jean écrit reposer tout le jour et le pied sur la colline = troncs noircis et droits et encore debout = troncs noircis et droits et couchés les uns contre les autres = reposer tout le jour et le pied le long d'une table en bois rectangulaire à moins que ce ne soit autre chose et quelqu'un d'autre vient qui s'assoit = là aussi et encore = et comme tous les matins avec cette désinvolture feinte et dans le regard l'harassant espoir que quelque chose d'autre puisse se passer = ou non = mais qu'au bout plus rien ne le retienne ici = entre les regards = alors même que les tables du fond de la salle sont étonnamment plus foncées = moins usées au coude = plus plates aussi (= plus asiatiques donc) =

DIX-HUITIÈME JOUR = brigitte jean écrit passer de justesse entre les choucroutes et fêtes de la bière pour éviter la question de se savoir encore en vie = ou non = plutôt non =

DIX-NEUVIÈME JOUR = brigitte jean écrit placer la tête au sommet du crâne = avec ce que vous savez de vous = et des autres = au moment là encore de vous asseoir et tout en le sachant bien = NON NE NIEZ PAS = en plein milieu du plus inapproprié de votre histoire
= cet endroit avec juste un peu de = bonne conscience = autant dire bonne figure devant la dictature des corps celle bien celle établie et perpétuée par = vous n'oublierez pas s'il vous plaît le pourquoi vous tenez absolument à vous asseoir là et pas ailleurs et à placer la tête au sommet du crâne et pas ailleurs et toute tentative de = je veux dire et penser et croire réelle de = apprivoisement = passe elle aussi par là = nulle part ailleurs = et sans rien d'autre que = un agencement et dans la nature comme dans un tableau =

VINGTIÈME JOUR = brigitte jean écrit ne rien vous sans rien vous demander d'autre que ce qu'il y a de commun entre vous et la dérive des continents c'est plutôt = la dérive = lente et sûre = lente et presque raisonnée = lente et qui vous déplace la moindre parcelle vers ce qui fait de vous déjà une petite vieille pétrie avec ou sans dentier = ce qui fait de vous déjà le vingtième jour de votre propre journal sans acouphène = et une bonne soupe au vermicelle = allez gloup = brigitte jean écrit gratter ces petites plaies sur le dos de la main avec la main = avec le pied = avec l'autre pied = avec ce que vous savez de vous et des autres faire un livre une bibliothèque un pic une péninsule une caravane une bassine une baignoire un jardin d'agrément avec dans le bas le long de la lumière des rangées de = fraisiers = des rangées de framboisiers = de condamnés à mort = plutôt s'asseoir se lever ou = s'asseoir se lever dans le flot ininterrompu des cafés qui cachent si mal = qui ponctuent si bien = vos début de journées douloureuses =

VINGT-ET-UNIÈME JOUR = brigitte jean écrit l'ossature même du jour en forêt vous ferait le plus grand bien = à l'heure où lentement se laisser déborder par tout un tas de responsabilités nécessaires à la bonne marche de la ferme = de la famille = à la bonne marche du siècle = vous tiendrez vous dans l'absolu retrait du reste des choses sans que ces petites fractures vous rappellent à l'ordre et à la moindre occasion = sans cette constante pluie fine et grise sans = l'isolation du plafond qui = sans que ces petites fractures se rappellent à vous et à votre condition et vous savez bien (pourtant ce qu') il se passe alors et juste au moment où = vous placez la tête au sommet du crâne = ce qu'il se passe et ce qu'il ne se passe pas = surtout pas = et le voir et le dire et bien le regarder = cette accélération des réformes = ce nombre incalculable de morts étendus de corps en morceaux de petits bouts d'os qui n'attendaient rien d'autre qu'une rafale ou deux pour se disloquer = une ou deux bonnes tentatives de rotules ou de fémurs éclatés = vous repasser en boucle le peu de choses à peu près claires qu'il reste = une autre vie et un hamac entre les grands arbres très colorés =

VINGT-DEUXIÈME JOUR = brigitte jean écrit décidément vous poussez un peu aujourd'hui = un cri un son un appel une alerte un prunier un chariot une locomotive une hirondelle un enfant une bêche une vérité un effet une acuité un chat un landau une brebis des cheveux une lèvre une dune une fêve un instant un cheval un pinceau une grue la terre un doigt une table un tabouret un bol un nuage un peuplier une courgette un piège un sentiment une mouche une herbe un gémissement (Le Signe =) vous poussez un peu aujourd'hui = mémé dans les orties = la porte de la remise = la brouette remplie d'eau = vous avancez lentement entre les herbes hautes et l'absolue nécessité de vous débarrasser du textuel en vous = de ce textuel même qui pourrait préfigurer un autre monde avec = ce textuel même qui pourrait véhiculer tout un tas de choses tellement intéressantes et aventureuses et bouleversantes et tellement tellement que c'en est assez =










Maintenant [premier extrait] - Benjamin Dufour






video









Moment - Gwenaëlle Rébillard





















Je m'habitue, tu t'habitues - Jean-Marc Savic


Le rituel, maintenant. Abattre l’animal. Trancher la trachée. Trancher les artères. Le rituel se fonde sur la figure du cercle. Tourner l’animal. Se retourner voir tourner l’animal. Le rituel se fonde sur un objet que l’on ne questionne plus. C’est une affirmation de la non-pensée comme moyen d’affirmation de la différence. Il y a dans le rituel la figure de la roue, du rond qui nous contient, de la sphère qui contient notre pensée qui ne peut se libérer. Qui ne s’inscrit plus dans un temps non limité. C’est une pensée qui tourne dans un espace circulaire psychotique et clos sur lui-même. L’animal est conscient. Il nous regarde et attend. Libérons son sang. La tromperie et le mensonge nous éloignent si finement de l’animal. Nous inventons notre mort dans la croyance de l’attente. Celle qui nous sépare du moment où nous nous tiendrons assis et souriants à côté de notre Dieu. Nous feignons l’innocence, persistant inlassablement à nous distinguer d ans l’assombrissement de notre trace.

Maintenant... Je m'habitue, tu t'habitues, il s'habitue, nous nous habituons, vous vous habituez, ils s'habituent...








Origine des espèces - Jean-Marc Savic








Introduction





Glossaire










Ajournement - Ann'Lise Haubert, Jean-Marc Savic







Ajournement









Maintenant 19 avril 2009 - Poup Perronno














Maintenant le oui - Ian Monk

[en écho à...]



2

maintenant le oui dit non aussi bien sûr non forcément à la

vie chiante et crasse à la campagne aux seaux en fer qui
galvanisent les regards des femmes le matin à l’odeur des bêtes
qui infiltre tes cheveux aussi gras comme le carrelage avant la wassingue
maintenant le oui dit non aussi aux petits pois grisâtres de la
cantine non à la purée poilue à gros bouts noirs aux pâtes
qui collent les unes aux autres recouvertes d’une sauce tomate luisante
et grasse qui fait fondre en longs fils élastiques ton gruyère râpé
maintenant le oui dit non aussi à la puanteur du prêtre et
de l’encens qui te colle à la peau comme une gitane
sans filtre qui bouffe les cils vibratiles paralysés de tes poumons noirs
non au silence non à cette longue nuit ne me quitte pas





Le vent - Sébastien Lespinasse







Le vent





À propos de la piste sonore ‘‘Le Vent’’.


Enregistrement indirect du vent qui souffle contre la fenêtre.
Tempête survenue à Toulouse, un matin, le 24 janvier 2009.
Quelques paroles chuchotées.
Presque pas paroles.
Plutôt respiration d'un animal qui ne sait pas comment vivre.
Comment conquérir la possibilité d'une journée.
Presque pas mots.
Presque pas poème.

C'est parfait ainsi.
Dans cette situation artificielle d'enregistrement, c'est parfait.

Vivre serait comme osciller toujours
entre la tentative un peu vaine de tracer quelque chose dans l'air
et l'inconscience de ce qui va se produire.

Il n'y a rien eu que cet instant qui passe.
Ce seul instant continu.
La pointe aiguë de cet instant.
Il n'y a rien eu dans toute l'histoire que ce souffle du Maintenant.
Depuis la première fenêtre jusqu'aux éclats de verre.

Maintenant, cohérence-paysage par l'insignifiant.

Maintenant qui va prendre son petit déjeuner,
se doucher,
aller chercher ses nouvelles lunettes,
partir à la répétition à 15h,
passer un coup de fil à Céline pour savoir ce qu'elle fait ce week-end.
Maintenant qui se trouve partout,
dans des tas d'endroits que je ne connais pas.
Maintenant qui trace ailleurs ce même mot que j'écris
mais dans une intention toute différente.

Maintenant qui affirme.

Je suis oui dans le désaccordé de ma musique.
Je suis oui à danser à l'envers sur mes ficelles rompues.
Je suis oui dans le contact qui me fait solide.

Je suis.

8h27, ce vendredi, temps mitigé.

Je suis la petite fille qui chante dans Portishead et dans Einsturzende Neubauten.












Petits ajustements autour de maintenant - Katja Fleig, Jean-Marc Segalen






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Maintenant 12 avril 2009 - Poup Perronno














Fight 5 - Maurin et La Spesa














Fight 3 et 4 - Maurin et La Spesa














Traces - Ma Desheng
























Aime maintenant le ouï - Heddy Boubaker







Et pour cette fois ça ira




Désolé pour l'autre fois












Un moment de la vie a vieilli - Frédéric Laé



"188. Quand l’art devenu indépendant représente son monde avec des couleurs éclatantes, un moment de la vie a vieilli, et il ne se laisse pas rajeunir avec des couleurs éclatantes. Il se laisse seulement évoquer dans le souvenir. La grandeur de l’art ne commence à paraître qu’à la retombée de la vie." Guy Debord. La Société du Spectacle. 1967.





1. Cafard, que donnent les films de G.D. Un cycle les programmait à l’affiche du cinématographe. Images noires et blanches, culture savante précédée de son odeur polie, années cinquante ce qu’il y a de plus jeune-homme, grenier, mains crispées sur des coupures d’archives, gestes avant-garde, ah ! notre seule jeunesse trente ans avant qu’on naisse, nous jamais plus jeunes. Pas comme ça donc plus du tout. Elles, mortes, les jolies alcooliques des diaporamas. La pellicule était grise, d’ailleurs belle ainsi. Morte et grise aussi la voix du maître et aussi sa lucidité. Sa lucidité. Sa lucidité, hébétés de nous.





2. Elle était belle notre jeunesse à mélanger pastis avec du rhum, à vomir et recommencer tous les soirs. Il fallait que le gris, la mort et la jeunesse vieillissent pour que nous quittions le cinéma. Les images passées nous regardaient mal. Elles ne savaient que proclamer leur mépris des lendemains. Elles ne savaient qu’exposer leur âge faste à des spectateurs toujours moins jeunes qu’elles. Elles sauraient briller mille ans. Qu’un moment de la vie ait vieillit, c’est mieux pour chacun. Couleurs éclatantes donc, puisque que nous sommes aussi vieux tous les deux. Couleurs jolies. La vie est douce aujourd’hui.





3. La vie est douce aujourd’hui. Sur la plage, la lumière, les tons. Aquarelle sac à gouaches. Pâtes terre d’ombre, bleu de Prusse, bleu de cobalt, bleu caeruleum, vert japon foncé, vert japon clair, violet persan moyen, orange persan clair, jaune persan moyen, jaune persan citron, rose tyrien, blanc de Chine. Ham ! toutes belles teintes, — un peu trop. Prendre fluo Stabilo Boss, stylos bille Pilot, Bic, tel matos de bureau. Normal, normal, prendre papier machine standard. Couleurs, les appliquer n’importe comment. Plus : faire un fond qui crache à l’ordi. Aujourd’hui, c’est couleurs, c’est n’importe quoi. Éclatantes.





4. Sortir. Maintenant il pleut. Nous avons un sac de bonbons et un livre pour enfant. Plus loin, une image salement retouchée pour une publicité. Logique colorée ? Progression entre le livre destiné à l’enfant et l’image publicitaire destinée aux plus grands ? Doute, — que la publicité n’attrape que les immobiles ou les lents, — que ses couleurs sont l’indice d’un déplacement rapide (la couleur est aussi fonction de la vitesse) et qu’elles nous rejoignent si jamais nous sommes sages. Mais nous avons vieilli. Et nous ne nous laisserons pas rajeunir par des couleurs éclatantes, ni par les films d’avant-garde, ni par l’esprit lucide du vieux maître, qui n’a d’effet que de nous ralentir — soit : pour nous faire jeunes contre nous-mêmes, soit : pour ternir nos couleurs aujourd’hui. Nous sommes Ferrari rouges, vers le sud.











6 avril 2009, 2h49 - Marc Perrin



Pour la réponse. Rapide. Pour la belle. Rapide. Pour le doute. Et la lenteur. Pour le sentiment. Qui prend. Pour le danger. De la pensée. Pour la peine. Affirmée. Pour la peine. Combattue. Par la question. Pour le corps. Qui ouvre. La question. Pour la réponse.

C’est très gentil le regard que tu poses là sur mon corps qui s’avance vers toi. Elle est belle ton attention non ne crois pas ça ne crois pas à la pureté mon enfant inutile que je te le dise il te faudra l’apprendre le vivre encore une fois afin que tu puisses enfin commencer à oublier ce que je viens de dire mais pourquoi donc m'a-t-il fallu te parler.À celles et à ceux qui apparaissent.

À toi dont le regard saura déployer l’attention et poursuivre par l’attention même le geste, la phrase, le trait, la vibration, jusqu’à te modifier le regard, sa couleur, son axe, son point de présence.

Modifie ma suite écrite sans l’avoir vécue. Modifie la suite : à chaque modification, du vivant s’écrit.

Quelle commune mesure se crée dans le tissage de nos attentions. Est-ce que nous répondrons seuls jusqu’à la fin.

Je ne crois pas à l'écriture une. Je crois à l’écoute. Je crois à l’espace inconnu entre nos corps. Je crois à l’écriture enfin se risquant à devenir autre. Une croyance n’est pas une action.

Il demande un geste. Répondre demande un corps. Je ne te cache pas que / continuons le chemin, dans l'oubli du commencement, enfin…

Action dans la réflexion. Réalisation par la précision. Par la prolifération.

N’hésite pas. Viens. N’hésite pas. Entre. Est-ce que tu as les clés. Est-ce que tu as le visage que j’attendais. Efface l’image de l’attente. Et viens.

Le cœur. Le temps. Par la forme d’un corps inédit qui bouleverse en toi l’idée même du corps. Viennent répondre. Mais. Dis-moi. Quelle est cette voix fatiguée.

Le temps me pèse. Le cœur s’affole. Et je veux un corps neuf afin de rendre au poids de ce temps la légèreté que mon oubli lui avait retiré. Et ce qui se donne, d’un corps à un corps, a pour nom ce qui ouvrant la phrase maintient et poursuit d’elle son mouvement par le geste qui.

… nous nous les donnons et les maintenons vivants et les portons, ensemble… et seuls, chacun notre tour, selon les forces du jour…

Pour ta réponse. Et dans l'attente. Je lis. J’entends. D’autres mots. J’attends. Je lie. Autrement. J’attends. Ta réponse. Je n’attends plus. Et je reçois la masse et le poids et l’enthousiasme. Dans un même temps.

Quelles sont les pièces de cette maison que je vois attachées au bout d’une ficelle à ton pied gauche. C’est la première question que tu me poses lorsque tu me vois.

Dans l'attente de te lire. Dans l’attente de. Te connaître. Dans l’attente du. Salut. Dans l’attente d’un. Futur. Il s’accoude à la rambarde en métal et de l’autre côté de l’eau voit le nouveau commissariat et ses fentes dans les murs, comme des yeux de menace. Il comprend que l’attente est un mouvement d’accueil et d’attention, doublé d’un geste qui donne. Comprendre ne suffit pas. Un homme lui demande une cigarette. Un homme avec une convocation dans la poche. Un homme marche vers le commissariat.

Heureux de te lire. Heureux du lien qui se tisse et de la réponse. En écho. Avec. La clarté qui se fait. Avec. Nos vies et les rapports. Entre. Avec. Les parties enfouies, les parties révélées. Les autres partis, et qui reviennent. Avec. Le retour en avant. Nos paroles. Nos gestes. Nos vies bouleversées.

Et. L’absence de précisions à donner quant à ce qui vient. Demande-moi. Si tu as des doutes. Et par ta demande : réponds. Offre l’idée qui t’échappe.

Quelle est notre adresse commune. Quelle est cette solitude d’adresses. Réponds. Je. Cherche. L’adresse du présent. Et. Ne lui correspond aucun lieu fixe autre que celui de mon corps. Nulle adresse fixe à mon corps pour la question vive.

Je reçois. Ta réponse. Comme une injonction. Je reçois. Ta réponse. Comme un présent. Heureux. Je compte. Combien. Nous sommes. Non-sens. Je compte. Sur toi. Danger. Je t’invite. À venir. Je modifie. C’est à moi. De venir. Je pense. À défaire. Les chaînes. Du travail. Je pense. À la beauté. D’un amour. Libre. Je pense. Et je demande. Écris-moi. Dans la beauté. D’un amour. Libre. Je pense. Écris. Toi. Dans la beauté. Libre.

Ce que je connais de toi et que j’aime. La beauté de toi que je veux revoir. Tout autre. J’arrête. Toute demande. Je réponds. Alors, quel oui ?










Double portrait, rousse - Katja Fleig - Jean-Marc Segalen






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Fight 1 et 2 - Maurin et La Spesa

















Ouieoui - Lyn Nekorimate






Ouieoui












Maintenant le oui, - Delphine Bretesché



où luit le oui seul luit l’oui à l’heure du lisse
un drap une collectivité
un blanc à peine taché
où luit le oui seul luit l’oui à l’heure du lisse
tiroir branlant tablette
linge serré dans sac plastique
où luit le oui seul luit l’oui à l’heure du lisse
bouche close bande sous menton
maintenir maintenons
où luit le oui seul luit l’oui à l’heure du lisse
ampoule nue mur lisse
doigts croisés sur ventre vidé
où luit le oui seul luit l’oui à l’heure du lisse
les embouteillages on ne va pas trainer
une bise et
où luit le oui seul luit l’oui à l’heure du lisse











SRS #01 - Guénaël Boutouillet



SRS.
C’est impératif, s’ajoute à oui.

Et oui c’est impératif, SRS ça fait faire, SRS ça intime, c’est : qu’il faut.

Il faut, faut faire le geste il faut, lequel n’est pas un geste (et ça complique), il faut le faire c’est impératif (en pléonasme ça redouble ça insiste : ça complique et mais ça force).
SRS. Il faut le produire faut (ce geste qui n’en est pas un), et le maintenir faut, le maintenir, tendre vers et le figer. Faut. SRS, ce geste qui n’en est pas un.

Dispositif : disposé à.
Les deux ensemble (disposition, dispositif).
Il faut les deux ensemble, c’est impératif.
Il faut. Un miroir et se tenir debout en face, hauteur visage, face face, et pour ça miroir faut qu’il soit fixé : par un clou ; par un crochet ; ou par force d’inertie (en ce cas posé, incliné d’un angle sis entre 10 et 30° approximativement, contre un mur porteur ; en ce cas l’angle déformera éventuellement l’objet considéré, troublant notre observation ; ce cas préférons l’éviter, par volonté de garantie d’optimales conditions d’expérience).
Face au miroir alors, SRS.
Il faut allez y faut.

Allez, vas-y, fais-le.
Sois pas timide allez. Allez vazy.

Tenu en face bien en face, posté, je vérifie et j’approxime, à petits demi-pas, salsa microscopique hésitante grabataire handisport j’ajuste, crayonnant mon emplacement de la semelle puis le réglant des deux bras maintenus parallèles j’ajuste c’est là, je suis vertical en tout point dressé tendu, tendu mais pas trop tendu non plus ; je dois poser mon corps tendu, le dresser souple face au miroir, conquérant pas crâneur, la face bien face et rien de biais, menton d’aplomb, ni dressé ni baissé rien, juste : d’aplomb. Posé debout. Droit meuble. Pas cool, non, faut bien que ça se tienne ensemble, meuble mais pas mou l’ensemble où ça perce.

Vas-y fais-le sois pas timide allez allez vas-y fais-le pas timide faut pas timide-Zy fais-le.

Position optimale, conditions optimales : joindre posture et situation, le reste ça suivra-zy fais-le. Le dessein du dessin, suivra.
SRS.
Oui je. Zy fais-le.
Oui.

Il va falloir dessiner des deux mains, entre-temps ramenées aux flancs, vacant descendues long du tronc pour garantir, garantir – les mains tiennent (tiennent les bras déjà qui eux tiennent l’ensemble, l’ensemble de l’échaffaudage-moi). Les mains tiennent décidées elles remontent à niveau menton, chaque majeur se tend, alien manière, et se pose à chaque extrémité. D’une bouche.

Ceci est ma bouche. Oui.

Majeur aux commissures je me fige et observe, bouche ainsi épinglée je figure un clown triste, un machin au garage, en attente, je jachère. Images en tas. Ouste les images rapportées, clowns tristes et tueurs sourires de l’ange j’écrase, j’en fais des boulettes sitôt expédiées au panier, je ne suis qu’un geste, face face deux doigts tendus, dessinent.

Je tire comme on tendrait un drap pour le ranger plié, je tire fort sur chaque commissure, tend mon fil mais pas trop, SRS ne file pas droit, SRS souple sans bottes, un fil en arc de cercle légèrement descendu.

Il y a toujours un côté qui gagne.

SRS n’est pas un fil tendu, SRS doit rester souple.
SRS est suspendu, en ce sens n’est pas un geste (un geste n’ayant qu’un temps).

SRS observable, répété ou prolongé, est un dessin. C’est l’arc d’un cercle qui serait infiniment plus grand – si on le traçait entier.
Le maintenir en souple ellipse est malaisé. Les gestes tendent ou s’amollissent, sans parler des intentions qui déboulent. Il y a toujours un côté qui gagne et alors c’est passé, c’est déjà autre chose, il lui faudrait un adjectif, ses lettres ne lui suffisant plus, SRS est compliqué de détails ajoutés par le côté où il a versé.
Et si on le maintient, si par force et tranquille on y parvient, commissures fixées cordes tendues-mais-pas-trop, le pas-trop dans quoi tout tient, pente douce et rien d’avachi rien de nerveux rien de crispé, si ça dessine ce que géométrie nous réclame (portion d’un cercle et patata comme vu au-dessus), eh bien au résultat eh bien, une face de clown, un VRP téléphonie, un imbécile, une étiquette, un ovale publicitaire, tout ouvert sur : du vide – et du coup ce grotesque agace et crispe, c’est ridicule,
à voir quand l’on se regarde
le mot ridicule sitôt pensé l’on se regarde,
et l’on se tend. Et c’est perdu.
Et c’est raté, l’injonction s’est dissoute.

Raté.
SRS (retour injonction, laquelle insiste, se maintient). S.R.S. SRS
oui.


Il va.
Falloir.
Reprendre, c’est : impératif. SRS reprendre, c’est absolument, OUI.










MaTiNaL[eS]- Guillaume Séguron



























Accord - Patrick Rimond














Clara 2009, portrait d’une jeune fille [1] - Françoise Valéry



8 JAN - Il fallait donner le chèque jvous l'avais dit ! Graou ! Demain dernier délai

8 JAN - En fait l'autorisation parentale c'était la fiche d'inscription mais c'était pas clair

13 JAN - JOYEUX ANNIVERSAIRE PAPAAA !

14 JAN - Papa fau acheter produit lentille

14 JAN - Je sais pa ou vous etes mais jpar a la rock school

14 JAN - Jpeux rester juska 21h ? Je vais bien

16 JAN - Je pars dchez caline

17 JAN - Tranquil!

17 JAN - Nickel, jai une combi gratuit et jai un jean. Et vous ?

18 JAN - Ca va toujours ! Et vous?

18 JAN - Vous arrivez vers quelle heure ?

23 JAN - Oui mais ya c parent aussi qui vienent

23 JAN - 18 en récitation en espagnol !

23 JAN - Finalement ils vienent me chercher ! Ouai un sandwich pk pa

23 JAN - Quand je leur dis, le plu tot possible, moin le quart

23 JAN - Dans un quart dheure

23 JAN - Jarive sur mon cheval tout blanc (citroen rouge). Est-ce qu'arthur peut éventuellement dormir a la casa ?

26 JAN - Jarive

26 JAN - Jai finit a 18h

30 JAN - Jatend le tram pour rentrer

31 JAN - C koi la sonete ?

6 FEV - Oui jai 5euro

6 FEV - Dac, jai pas dit au prof jle dirai en temps voulu ! Bisoux a dimanche jvous tien au courant si ya du réseau !

7 FEV - C magnifique ! Bisoux

7 FEV - ce matin jai skié comme une tarée mais la chui capoute et jcrois que jai la grippe =(

8 FEV - Ouais, le départ est a 16h30 je sais pas si ils ont prévu un pic-nique... Jpense qu'on arrive au lycée vers 22h30 jvous dirai l'heure sure

8 FEV - Euh nn, vers 22h plutot !

8 FEV - Dans les landes je crois !

8 FEV - On ariv dans pas longtenp ils ont dit au micro

8 FEV - Omm est arivé

16 FEV - Coucou ! Anais pourai manger a la maison a midi finalement ?

16 FEV - Finalement jpeux manger chez anais ?

16 FEV - Ok ! Je passe a la maison vers midi

17 FEV - Ok

21 FEV - On est bien arrivées !

22 Fev - Ouais ca va ! Jespère que vou aussi ! On sait pour le temps, tfacon sait pas si on va boucou se balader, philippe s'est claqué la cuisse et a dotre prob. Menfin on va saranger ! Bisoux !

24 FEV - Ca va ? Vous etes a paris ?

24 FEV - Ca va, je monte Manon, la mule ! C'est rigolo, ca a des oreilles et tout ! La jambe de philippe est mieux mais il a pris un coup au plexus solaire alors il a mal. Gros bisoux, a tout vite

27 FEV - Oui on est dans le train (en retard, of course) pas de soucie ! Amusez vous bien, gros bisouw !

27 FEV - Thank you pour les explications et tout et tout !

27 FEV - Non non

1 MAR - Vous arrivez quand ?

1 MAR - C fait ! Bisoux !

1 MAR - Par contre il faudra le griller paske je lai acheté hier

3 MAR - Je finis à 18h !

3 MAR - En fait jai fini a 17h20

4 MAR - Je finit a 13h, jariv a 13h30 jme dépécherai de manger ...

4 MAR – Ben je lai fait a loral, si les parent appelent c + valable ... Menfin jvai montrer le mot.

4 MAR – Dacodac

4 MAR – Euh oui pardon XD

5 MAR – ON A OUBLIÉ DRENPLIR LE CARNET ! Jle remplis et vous signerez ce soir

6 MAR – Jariv dans 10minutes a peu prè

9 MAR – Maman c quoi les graines vertes plates que tu met dans la salade de pomme ? C pour arthur

13 MAR – Je vais direct chez coat

13 MAR – Je mangerai un bout en rentrant a la maison

13 MAR – En fait je passe dabord chez isa paske jai pas trop envie de faire la victoire toute seule... C pas grave si jpasse ?

15 MAR – Je reste un peu a la rock school

18 MAR – Ben ouais pourquoi pas :-) !

18 MAR – Je suis la

22 MAR – Ok

22 MAR – Oui oui je suis a la maison

23 MAR – 11,5 en physique, OUAIS !

23 MAR – Vous rentrez a quelle heure ?

23 MAR – Jai besoin dune montre a mettre au poignet QUI MARCHE paske demain jai un exam d’anglais a l’écrit, non je pouvais pas y penser avant ... Mettez la si vous avez sur table cuisine ! Bisoux bonne soirée !

25 MAR – Quand vous rentrerez achetez du pain, ya pu !

27 MAR – Jariv jariv jariv

27 MAR – Tout va bien !

27 MAR – Oui cétait top ’

27 MAR – Demain vous devrez me secouer a 5h30, puis a 5h45, jaurai du mal a me lever mais jai pas envie de partir ...

27 MAR – Je me dirige vers le tram !

28 MAR – Maman le lisseur tu l’as mis dans le sac a dos ?

28 MAR – Nn jai pas dormi dans le bus












Le désespoir de mes mercredis - Franck Pruja



L’avenir c’est du passé en préparation.
Pierre Dac


Ce livre est formidable. J’en ai consciencieusement fait la lecture. C’est un roman littéralement urgent. C’est dans l’absence d’événement que ce livre registre ce dont il est noirci, sans la moindre idée de ce qu’il renferme ou de ce qu’il révèle. Il contient un corps, sans réelle forme humaine et néanmoins pourvu d’un visage. Très vite on peut distinguer des yeux, un nez, des oreilles et des cheveux apparents. Visage sans visage, on découvre une élégie du corps à la seconde personne, page après page un trouble s’installe dans une insignifiance rejetée tantôt par le fondement même de la littérature, tantôt par une écriture rédactionnelle radicalement précise. Le livre ne finit pas. Il n’a ni début ni fin. C’est dans cet interstice que s’installe le clair obscur d’un langage dénudé par ses propres effets de style. C’est un roman que l’on lit sans plaisir spécifique. Une limite de l’évanouissement intellectuel qui décrit un cercle autour de son corps à la manière d’un travelling où l’on aura ôté l’objectif de la caméra, provoquant la brûlure immédiate de la pellicule par la lumière. Il est constitué de deux boucles simultanément projetées. Ce livre est aussi un étonnant documentaire sur le roman contré par un nouveau roman où les mots-ellipses se mêlent et se dédoublent dangereusement. Le lecteur est impliqué dans un stimulus historique dont il doit se défaire pour retrouver sa propre organisation de lecture et rebouter ses repères primordiaux. Une analyse absolue de ce premier roman n’apporterait rien de plus à une seconde lecture car les paragraphes chapitrent les nouvelles, la prose subordonne la rhétorique préliminaire. Là où le blanc subvertit les blocs et laisse place à une entreprise de principe et d’oubli, renversant parfois des passages inaperçus. Car c’est aussi en décrivant quelques scènes en filigrane que l’auteur s’inscrit clairement comme reporter hors-norme, vif de redistribuer ce qu’il s’est approprié dans ses livres de chevet.

*

Inédit et scabreux, le premier roman d’Émile Lato nous immerge dans l’épouvante la plus totale. À la limite de l’acceptable et de la censure, ici point de brume, pas de cimetière ni de ruelles étroites mal éclairées. Chaque phrase renvoie au décor sombre et rougeoyant d’un théâtre gore. L’auteur décrit les ambiances souterraines avec un scalpel d’une précision implacable : “une opération à cœur ouvert, assistée par ordinateur, commandée par des anthropophages ventriloques...” On l’aura deviné, l’histoire se déroule vers la fin du vingtième siècle, là où l’incohésion fait rage. Le style d’Émile Lato s’alimente de frissons voire de sueurs froides, provoque des tremblements nerveux jusqu’au bout des ongles au moment de tourner la page. Certains chapitres de ce roman n’auraient pas laissé indifférent Howard Philip Lovecraft, ainsi recommandé aux âmes sensibles et désireuses de déambuler dans ce vaste labyrinthe synthétique aux vitres teintées d’apparitions anaérobiques.

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Auteur de nombreux essais de science-fiction sur la téléportation, Clémentine Clémentz embarque le lecteur de ses dernières nouvelles pour un voyage multi-directionnel. Un voyage à travers la galaxie, à travers le mouvement spatio-temporel qui donne au sujet une sensation de vitesse constante, d’une apesanteur littéraire non sans humour. L’auteur galope à volonté entre la réalité et un monde virtuel doté d’incroyables possibilités technologiques intersidérales. Paradoxe de l’acuité progressiste, les repas ingérés par les acteurs de l’ouvrage restent essentiellement rudimentaires, les pilules nutritives sont passées de mode. On vous donne quelques recettes de bases dont celle du pain azyme, composé de farine, d’eau et d’une pincée de sel, pour vous préparer à ce bref parcours semé de rebondissements inattendus.

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Au départ un changement de vie est énoncé. Ce court récit/roman se divise en deux volets. Dans le premier, Jérôme, narrateur du livre, déménage au cœur d’une métropole, ce qui provoque un grand bouleversement, lui qui vivait jusqu’alors dans une chambre de bonne à la périphérie de cette grande ville jamais citée. Une fois installé, il se poste derrière les fenêtres de son nouvel habitat et observe attentivement le mouvement extérieur des passants. Il décide d’exploiter ce nouveau passe-temps par des descriptions minutieuses et littérales de leurs expressions et attitudes. Il se prend facilement à ce jeu littéraire jusqu’à imaginer des caractères anonymes. La fatalité veut qu’il tombe éperdument amoureux d’une femme bien plus âgée que lui sans même la rencontrer. Le second volet touche le mouvement et le désir ponctué de discrétion violente. Jérôme entame l’écriture du scénario d’un film. Une fiction se trame derrière sa timidité puérile, et il se consacre corps et âme à faire revivre l’instant où cette femme est apparue à ses yeux. Finalement, entêté dans ses fantasmes en quête d’abstraction, Jérôme s’efface de cet itinéraire de créateur et confie son ébauche de scénario à un ami réalisateur…

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Le sujet est simple, le résultat limpide. Le récit éparpille le rôle du temps, page après page, jeu sur et avec l’astuce de la lecture. Son argument n’est autre qu’un mur invisible où seraient inscrites de délicates ponctuations venues d’un esprit clair. Content de lui-même, il délivre un message dans l’espace considéré comme néant – ou alors vierge – d’où surgissent de courtes histoires, de petites séquences arrêtées à leur suffisance formelle. La langue évolue dans la continuité d’un univers singulier, prend en compte les écarts du pas tout à fait mis en regard avec les intrigues accessibles par de multiples clonages sans cesse mis en exergue. Natacha Polder emprisonne l’âme vagabonde. À la limite du cri sans son que l’on perçoit dans les rêves agités, ce silence laisse transparaître une avalanche de diversions désuètes. Quant au service minimum, en deuxième partie de livre, elle se demande ce que lui réserve l’avenir en éliminant l’ostentatoire.

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Près de deux décennies après la mort de sa femme un homme abandonne son quotidien, sa vie de rentier pour s’engager dans la marine nationale. N’ayant pas le physique suffisant et présentant une différence d’âge notoire, il doit affronter les pires humiliations auprès de ses camarades de classe. Passages à tabac et abus sexuels sont liés à son effondrement mental. Le capitaine du navire le transporte à l’infirmerie. Là, il plonge dans un sommeil profond. À son réveil, un commis cuisinier se tient à son chevet et lui conseille de débarquer incognito au prochain port. En l’occurrence, Malaga. L’homme s’en remet à sa volonté mais une forte amnésie prend le dessus. Sa mémoire récente s’émiette sous l’effet du choc. Remis sur pied, il profitera d’une permission pour déserter l’équipage. La valisette qui l’accompagne ne contient que le strict minimum. Après plusieurs jours de déambulation dans la ville portuaire, il rencontrera l’âme sœur qui lui rappelle étrangement, par sa morphologie (les descriptions sont extrêmement précises) son ex-femme à l’époque de leur première rencontre. Un véritable conte de fée prend forme au fil du courant. Le capitaine du navire le fera porter disparu auprès des autorités territoriales.

*

Dans un livre érudit et vif, J.-P. Nadrouge tente de démontrer que pour être pérenne l’interactivité doit être expansive. On considèrera avec circonspection l’auto-représentation technologique constante relayée par une modernité captive, vif essor cependant indécis et mobile. Préoccupé de décrypter une légitime différence des genres d’une production discursive en son terrain de prédilection : l’image de synthèse en trois dimensions sur CD-Rom. Les jeux de combats à sensations sont restitués par le biais littéraire sans aucune illustration. Les créatures abstraites et simplifiées combattent des moulins à vent aux allures d’animaux sophistiqués. Par opposition, le mouvement éclaté s’associe à une communication téléchargée, l’habillage d’ensemble se référant à une simulation amplifiée de l’intelligence artificielle.










Oui maintenant je suis revenue - Mauricette Beaussart [en solitude]




[en écho à... ]




Alors j'ai dit oui. Oui oui oui. Oui à ma chaise d'enfant et avec les petits pois écrasés sur la tablette dans la soupe de légumes renversée. Oui pour les élastiques autour des chaussettes mais pas trop serrées. Oui aux cochons de saint Antoine roulés en boules dans ma menotte. Oui encore aux coucous d'or dans les pâtures de Deûlémont. Oui au bruit de l'eau tordue dans la wassingue au-dessus du seau en fer galvanisé du lavage du carrelage. Oui à la planche des cabinets bien luisante et lisse. Oui alors j'ai dit oui aux deux pattes de mon gros chat sur mes seins de mon pullover. Oui pour la vie des animaux dans la télévision noire et blanche. Oui à la grosse lune jaune. Je crie oui oui oui. Oui je suis grande, oui je suis belle, oui j'ai des beaux habits et mes souliers sont bien cirés et oui je sais marcher avec des escarpins sans me tordre la cheville. Oui aux macaronis dans la sauce tomate. Oui à mon amour. Oui je ne t'oublie pas. Oui pour la teinture décoloration de mes longs cheveux. Oui à la roue libre qui grésille de mes pignons au long de la Lys du vent dans le dos. Et oui à jamais dans mes mollets cambrés et mes ongles nettoyés devant le lavabo avec le premier rouge à lèvres. Oui à la barbe qui me pique en bisous ici et là avec le doigt qui touche et douce la peau. Oui à mes cuisses collantes. Oui aux petits cils vibratiles qui se déplient dans mes poumons. Oui de toutes mes forces. Oui à l'odeur de l'encens qui s'élève autour du cercueil de Pépère dans le ciel de voûte. Oui dans les sanglots de ma gorge. Oui je sais pourquoi. Oui au silence.








Maintenant 5 avril 2009














Maintenant 29 mars 2009 - Poup Perronno














Maintenant 22 mars 2009 - Poup Perronno

















Oui 1, 2 et 3 - Soizic Lebrat






Oui 1




Oui 2




Oui 3










Chronique de John Abdomen [4] - Gilles Amalvi
















Que no - Anne De Sterk






Que no










#1 - Patrice Soletti





#1




c'est dans la chaleur de la cuisine
dans le four
dans les vaps
dans les fautes de frappe
que je sonore cette pluie de grisaille blanche dedans de nous

cocon pop corn

comme vérité putain
oui
mais en dedans









Maintenant 15 mars 2009 - Poup Perronno











Un dessin au crayon blanc sur une plaque de verre transparent. L’ombre du dessin se projette derrière, en négatif. Une seconde plaque de verre sur la première protège le dessin. Les deux plaques de verre sont assembléeS par une bordure de plomb.













Maintenant le oui - Ian Monk


1

maintenant le oui oui s'impose comme une soupe de potiron mollement
beurrée et jaunâtre le jour où justement tu veux de la bidoche
bien saignante et pourquoi pas tiens un ballon de rouge qui tache
puis allez un colonel et une eau de vie de gewurztraminer frappée
maintenant le oui dit oui parce qu’il a rien d’autre
à foutre de sa bouche puis ça fait un mou si joli
sous ton nez retroussé au-dessus de ton menton jugé sans intérêt
du point de vue de l’évolution évidemment comme le bon dieu
maintenant le oui fait oui oui oui tu fais je te le
fais là je sens moi le tien de toi aussi là oui
et toi de moi le vrai de vrai de Molly Bloom yes
qui clôture Ulysse qui fout la vie là où il le faut













L'amour, poèmes d'Antoine Dufeu et chansons de Valentina Traïanova - Antoine Dufeu - Valentina Traïanova










Je deviens la robe









Begining of love












Avenir du manchot mâle - Daniel Cabanis


































Fontaines et cascades - Marta Jonville












Maintenant le oui - Jacques Demarcq



Main tenant le oui
me tire l'oreille, ouïe

mais ne tient rien, non

Le oui le joui
troublants trublions
bon
dissent sur le pré
cis pré
sent le pres
sant de s'ou
blier ébl
oui
koui koui koui













Le jour du jour mange patate - Edith Azam



Un jour,
C'était le jour sans dimension…
Crise,
Et puis les yeux se sont tordus
Pour qu'apparaisse l'autre visage.
Les échardes sous peau,
Ça se tord le corps :
En racine.
Intérieur clos,
Excise.
Quelque chose se casse,
Casse encore.
Les espaces se toquent :
Crise.
Viens.
Crise.
Ne cède pas.
Refus refus.
Tout craque et c'est dedans.
Viens.
Viens.
Pour le fracas :
Ça tout désosse.
Point de rencontre :
Klash.
Nul ne sait où le lieu :
Crise, viens.
Viens : à l'impossible.
Creuse,
Creuse dedans.
Le lieu se déplace en rampant,
L'instinct voudrait tenir debout :
Crise :
ON
NE
SAIT
PAS
D'OÙ
VIENT
LA
VIE.












Desseins - Bruno Di Rosa



Un soleil imaginaire sur un ciel adoré.

On est obligé de douter de la présence du dieu grand quand durant des mois on ne voit que des nuages sur la terre, quand on n'est pas sûr que le soleil se lèvera un jour et que, de tous les soucis du quotidien, celui de casser du bois s'impose plus fort que tout. Chez nous on ne casse plus vraiment du bois parce que le bois on l'a déjà tout brûlé mais on travaille pour payer les loyers élevés des maisons bien isolées et le chauffage central qui consomme les gaz de l’Asie, le pétrole du Moyen Orient ; ça nous occupe beaucoup, une grande partie de la journée est consacrée à économiser pour ne pas mourir de froid. Cela implique toute une philosophie, une attitude particulière et ce n'est pas étonnant si le protestantisme a eu du succès dans les pays nordiques ; il faut se serrer les coudes, se replier en des lieux bas de plafond, noirs des fumées et investir pour se réchauffer si bien que tous luxes décoratifs sont proscrits.
Dans les pays du Sud c'est tout l'inverse, jusque dans certaines îles du Pacifique, où il fait toujours chaud, là les hommes se font graver sur la peau, du cou au nombril, un terrible Christ bleu ; puisqu'ils vivent toujours torse nu. Tout est extérieur dans les pays du sud et les églises, à l'intérieur, doivent ressembler au jour qui illumine la terre ; aussi, les plafonds en or, les marbres blancs et les vitraux sont ce à quoi on pense, bien sûr.
Dans le Sud on doute éventuellement de l'absence de Dieu, alors que dans le Nord on doute de sa présence. Car dans le sud tout parle du dieu, tout le temps, puisque le soleil se lève tous les jours ; et si un jour l'orage gronde c'est que le dieu n'est pas content.
Personnellement depuis quelques années j'habite dans le Nord et le mauvais temps, je dois le dire, me réduit en cendre… Quand des jours durant une pluie plus ou moins grasse, plus ou moins froide, limite l'espace à rien, comment espérer quelque chose ? Si bien que les seuls soucis, comme je le disais plus haut, sont d'avoir assez d'argent pour payer les factures qu'une vie abritée implique. Puis, évidement, comme on est reclus chez soi et qu'on ne voit pas d'avenir dans l'espace brumeux on a besoin de beaucoup de moyens de communication, et c'est un, deux, trois téléphones, ordinateurs et Internet, Minitel, vidéo et tout le bazar qu'on songe à acheter. C'est bien dans le Nord qu'on a inventé l'imprimerie, évidemment.
Chez moi – puisqu'il faut dire les choses comme ça – les bars ressemblent à des grottes : On y entre par une petite porte, les murs sombres sont entièrement recouverts d'affiches et on y avale de grandes chopes de bière noire – c'est dégueulasse, ça ressemble à de la soupe à l'oignon froide – enfin bref… Elle est terrible la vie dans ces pays parce qu'on est toujours tassé quelque part ; finalement on s'endort la tête sonnée, sonnée par l'alcool et le tabac. L'espérance est à chercher ailleurs, l'ailleurs se trouve nulle part.
Il y a longtemps j'ai habité dans les îles, où les hommes vivent la tête en bas. Il n'y avait pas grand chose à faire là-bas en ce temps ; on y allait généralement pour fuir son pays parce que pour x raisons on en était rejeté, on ne pouvait plus y vivre ; parce qu'on n'avait pas réussi à s'intégrer et à se plier aux règles qu'impliquent les notes de chauffage.
Je garde peu de souvenirs de la vie que j'y ai menée, peu parce que je n'ai rien fait de particulier ; il n'y avait rien à faire à vrai dire et je n'ai donc rien fait. C'est même ce qui m'en a fait partir ; j'étais jeune, alors, et ambitieux. Les seuls souvenirs qui me restent et me restent gravés comme des images sacrées sont les heures passées devant la mer. Les vagues sont discrètes, elles ne dépassent jamais des mesures décentes, les marées également n'exagèrent pas leurs mouvements. Tout est toujours là. Des heures assis, sans rien voir, sans autre joie que de rester, alors que le soleil, le disque de feu, glisse doucement derrière la mer ; on a la paix au cœur car l'assurance est inscrite dans sa descente qu'il sera là demain. Puis le matin, Ô bonheur éternel ! Alors que l'on s'éveille dans une lumière bleue turquoise, la douce chaleur nous touche, tendre, et nous grandit… C'est sans aucun doute qu'on ouvre les yeux ; tout est en place depuis toujours.
Qui peut douter quand la longue vague s'affale et se relève à la fois, molle et sûre à la fois ; qui peut douter un seul instant de vivre sur la terre, vis à vis du soleil, dans l'univers étoilé ? Qui peut douter ?
Personne, et l'assurance alors nous grandit. On marche sur la terre, on est homme à ce moment-là, homme comme le sable est sable, comme la mer est mer ; on est homme et on sait absolument ce que cela veut dire.




_





Il y a un ciel là-haut qui pèse plus lourd que la terre, des nuages sans forme, une multitude de mouvements chaotiques que l’on surveille avec inquiétude car du ciel immense tout peut arriver ; il y a des formes diverses que l’on regarde avec curiosité ; des hommes et des femmes sur terre qui vont et qui viennent sans que l’on comprenne ce qui les motive ; des abattements et des ruines, des constructions sur les ruines, des résistances étonnantes puis des relâchements subits ; il y a un soleil unique au rayons multicolores, des airs de déjà vu alors que l’on ouvre les yeux pour la première fois ; il y a la montagne et ses hauts sommets qui ne changent pas, des sommets perdus dans l’espace, puis des cols ouverts qui permettent le passage ; il y a des rigoles dans les champs quand la pluie est tombée drue, qu’elle a cessé et que l’on sort enfin ; il y a des chemins dans les bois, des routes tracées au hasard des constructions, des voies ferrées allant en un point défini suivant un plan précis que rien n’arrête ; il y a des lacs aussi pleins d’une eau profonde et grise, le temps froid qui crépite, rouge et sans soleil, l’eau qui gèle, une lumière sans source, une source qui perce sous la neige, la neige qui fond, s’égouttant des toits et des arbres ; des arbres qui tombent à moitié, des courants d’air dans les branches provoquant un frémissement étrange ; il y a des mains qui touchent les choses, des choses dans les mains qui prennent alors un sens et se transforment en outils ; il y a des gestes qui suivent une idée mais quelques fois ils semblent n’être plus contrôlés et font d’étranges figures qui peuvent même arriver à nous faire honte ; il y a des haies et des murets le long des champs, des haies et des murets qui divisent l’espace en parcelles et des bêtes de somme qui paissent sans regarder au-delà ; des animaux qui boivent, des chiens qui montent la garde ; il y a des oies dans le ciel qui scient l’espace en des temps définis, allant puis revenant et leurs allers et venus semblent nous dire quelque chose – Au point que des hommes ont cherché à lire leur vol de même que dans le sang d’un coq ou dans la cervelle d’un agneau – il y a des partis pris, des mouvements de foule, des questions cent fois reposées qui ne trouvent jamais la paix – leur place – il y a des tombes qui accueillent nos morts parce que nous ne sommes pas bien sûr de leur état de mort et que nous nous inquiétons pour eux autant que pour nous ; il y a des lits creux qui nous englobent tout entier ; des mains jaunies par la lumière trop vive ; des récits qui nous aident non à comprendre mais à croire ; des réflexes aussi qu’on aimerait mieux ne pas voir, des frustrations qui créent des aigreurs et des manques ; il y a des essoufflements, des étourderies, des mouvements mal assurés qui impliquent toute une chaîne de conséquences : griefs, douleurs, désespoir, vengeance, calomnie ; il y a des impuissances également, des abandons, des découragements terribles que rien ne peut consoler, relever, rien et il y a la force qui pousse les uns et les autres à se lever puis la lâcheté que l’on juge mal mais que l’on conçoit facilement et heureusement il y a des joies sans raison et de bonnes raisons de se lever le matin ; il y a ceux qui sont aidés, portés, encensés, pour qui tout semble donné d’avance et qui font avec souplesse ce que d’autres ne peuvent pas même envisager ; il y a des journées sans réel avenir et des avenirs qui se révèlent en un instant ; il y a des attentes sans fin, des fins qui se font attendre ; il y a une valeur en plus à la valeur, une valeur en plus qui ne se mesure pas et qu’on estime et qu’on rend en serrant les bras ; il y a des paroles aussi qui rendent la pareille, redisant ce qui se trame, ce qui se tait ; il y a de jour comme de nuit une multitude de corps qui s’étreignent sans penser aux lendemains mais qui mènent parfois à des lendemains qui bouleversent leurs plans ; des attirances particulières auxquelles on ne peut échapper ; des amours étranges, des assemblages hétéroclites, des mélanges hétérogènes qui nous forcent à sortir de nous-mêmes et à entrevoir d’autres histoires que la notre ; il y a des veines sur les mains qui prennent du relief avec le temps et des rides au front, des gestes plus lourds que d’autres qui en disent long sur celui qui les fait ; il y a un cœur qui bat dans le corps, un sang qui circule, des poches aspirantes et expirantes , il y a un cerveau qui vibre, une peau qui recouvre l’ensemble et le tout est une activité que l’on nomme Vie.










Dans la terre - Joëlle Mesnil



J’avais beau creuser la terre avec mes mains, je n’ai rien trouvé.
J’ai regardé la prairie autour de moi. Il n’y avait pas de doute.
C’était là.
Sauf qu’il n’y avait rien.
Je n’arrivais pas à y croire.
Je les avais enfouies au pied d’un buisson à deux mètres d’un pommier deux ou trois semaines avant la visite et je ne les retrouvais plus.
Ce n’était pas possible.
Les trois pommes avaient disparu.

J’étais hébétée.
Dès son arrivée, je l’avais tiré par la manche sans rien dire et il m’avait suivie jusque là. J’étais sûre de mon effet. Il ne savait pas ce qui allait se passer et quand je me suis accroupie, j’ai imaginé sa tête quand je me relèverais pour les lui offrir. J’avais bien préparé mon exhumation. J’avais un secret et il serait le seul à le partager. Plus encore : ce secret, ce n’était que pour le lui révéler que je l’avais inventé .
Là-bas, je n’avais rien à moi et soudain l’idée m’était venue : la terre !
La terre était à tout le monde et moi, j’y enfouirais un trésor que je pourrais déterrer au moment voulu.
Ce n’était pas seulement des pommes. C’était vraiment quelque chose d’extraordinaire dont il saurait sûrement apprécier la valeur. Quelque chose qui n’avait pas de nom.
Forcément, il n’avait jamais vu ça. Les pommes, oui bien sûr, il connaissait, puisque comme moi, il était né en Normandie et qu’il y avait passé toute son enfance et une bonne partie de sa vie d’adulte. Mais pas des pommes attachées par un fil de laine rouge.
C’était un de mes jeux préférés : j’attachais à la queue d’une pomme un fil d’une vingtaine de centimètres de long et je faisais tourner ma pomme frénétiquement jusqu’à décrire dans l’air un grand cercle rouge.
Celles que j’allais déterrer, je les ferais tourner devant lui les unes après les autres et il ne saurait même pas quoi dire parce que ce qu’il verrait alors dépasserait tout ce qu’il avait pu imaginer sa vie entière.

Mon père attendait debout et soudain la prairie est morte.
Il n’y avait plus qu’une image parfaitement plate. L’herbe s’était figée. Les arbres étaient plus immobiles qu’ils n’auraient dû l’être. Le vent était tombé. Les oiseaux avaient cessé de chanter. On entendit un silence d’avant l’orage.
Ma déception fit tomber mes bras. Je regardais tout autour de moi, sans savoir où m’arrêter.
Je ne pouvais pas accepter.
Je fis l’hypothèse d’une erreur. J’avais dû me tromper de buisson. Je cherchai un autre endroit à creuser mais je ne trouvai aucun indice. La terre n’avait jamais été remuée, ce ne pouvait pas être là. Et mon hypothèse était juste rationnelle. Je n’y croyais pas moi-même.
Mon inquiétude ne fit que croître.
Et là où j’avais creusé en premier ? La terre n’ était-elle pas aussi intacte, aussi fermée depuis toujours qu’ici ?
Je n’avais tout de même pas inventé !
Je voulais lui prouver que ces pommes avaient existé. Que je les avais enterrées pour lui.
Je ne trouvais rien de convaincant.
Je sentis pas loin une folie.
Je ne pouvais plus bouger mais je me mis intérieurement dans tous mes états.
Où étaient-elles passées ?
Elles étaient forcément quelque part.
Elles occupaient nécessairement une place dans le monde. Des pommes ne disparaissent pas comme ça quand on les enterre. Si un animal les avait mangées, il serait resté quelque chose de son passage. Un désordre dans la terre. Un peu de fouillis. Quelque chose de visible. Un bout de laine rouge.
Je voulu croire au miracle et je me remis à creuser n’importe où et n’importe comment avec l’acharnement d’une bête. Je m’abîmais les doigts.
Il crû m’apaiser en m’assurant que cela n’avait aucune importance.
Et cela eut pour effet de décupler ma rage à vouloir le convaincre.
Non seulement ces pommes, je les avais réellement enterrées mais un tel geste était à coup sûr le plus juste et le plus lourd de sens qu’il avait été donné à mes six ans d’existence d’accomplir.

J’ai oublié comment se termina cette journée de visite.
Je sais seulement que cette année là, plusieurs évènements eurent lieux qui me confrontèrent d’une façon ou d’une autre à une incompréhensible disparition.











Ce que je vois - John Froger



Un regard enveloppé d'un drapé vert. Du vert et du noir. Un drapé qui couvre le visage pour ne laisser voir que ce regard dont j'ai oublié les yeux. C'est fou comme il faut que je me concentre pour me souvenir de la couleur des yeux de qui que ce soit ! Toujours un doute. Mon regard fuyant. Vers le monde. Non. Pas son ciel éblouissant où l'œil voyage sans jamais pouvoir se fixer. Non. J'ai regardé le monde d'en bas où l'œil se fixe, où le regard est pris, où le regard se perd, où le regard en arrive parfois à se dégoûter du monde. Et j'ai fermé les yeux. C'est fou comme on peut se rendre aussi inaccessible qu'une image ! Des visages comme les objets, comme toutes ces images dont les rues sont remplies. Beaucoup de bruit. Des mots sur des images. Et la pensée qui en rajoute. Des mots qui parlent manquent cruellement dans ce brouhaha d'images. J'ai besoin qu'on me parle. J'ai besoin que ça parle. J'ai pris la parole. J'ai dansé ce que je ne pouvais pas dire. Ma parole ! Je n'ai jamais été aussi seul, non, je ne me suis jamais senti aussi seul qu'en prenant cette parole-là qui manquait cruellement de mots. Comment ai-je pu ne pas pleurer cette solitude intérieure toutes ces années ? Où étaient mes larmes ? Dire qu'elles auraient peut-être obligé ma parole à sortir des chemins où elle se terrait, bien à l'abri de ces regards qui savent écouter. J'ai gardé mes larmes pour ne pas avoir à parler, pour rester une image. Inaccessible. Pour m'enterrer vivant dans avec pour mon mystère. Donner une parole au silence. Comme si la Loire ne suffisait pas. Comme si l'immensité du ciel et de la mer ne suffisait pas. Comme si un regard ne suffisait pas. Comme si l’orgueil aveuglait. Je regarde la danse et je parle. Je regarde la vie et je parle. Je dis ce que je vois, crois voire, pense voir ou n'ai pas vu. Prendre le risque de parler. Enfin. Ma parole. Comment peut-on laisser quelqu'un tranquille quand même il le demande alors qu'il est là, alors que sa présence silencieuse nous appelle et nous intrigue ? Toutes ces fois où je retiens ma parole. Je ne les compte pas. Si encore j’étais trop attentif à laisser la place à la parole d’autrui. Et comment ne pas voir toutes ces fois où l'autre ne me parle que pour se vider, se décharger d'une obligation, d'une politesse, d'un besoin ? Comment ne pas voir toutes ces fois où l'autre me parle sans désir ? Je ne le vois que trop, que je suis trop sensible. Une parole expédiée, même souriante, est une parole expédiée, blessante. Sans retour possible. Une parole prise par le besoin. Comme un chien qui aboie. J'ai besoin qu'on me parle, que le désir parle. C'est fou comme je retiens encore ce désir que j'ai de parler ! Comme si je n'arrivais pas à lâcher mon jeu avec la folie alors que je n'y crois plus. Comme si le jeu de la danse cherchait encore à se mêler à chacun de mes mots. Comme si j'étais encore pris par ce regard obsédant, par mon regard sur ce regard. Et pourtant, je vois mieux cette obsession du regard qui m'empêche de voir mon désir de dire ce que je vois avec des mots qui parlent, qui s'échangent, se prennent pour d'autres, s'emmêlent, se disputent, s'emballent, s'enthousiasment et voyagent bien au-delà de l'étendue de mon regard.











Dorénavant - Olivier Bardoul



A — Salut.
B — Salut … Que fais-tu là ? Tu attends que le ciel te tombe sur la tête ?
A — Non, j’attends que l’argent tombe du ciel.
B — Et s’il te tombe sur la figure. Ah ! là, tu risquerais de perdre la tête !
A — Ah oui ! Alors j’irais plutôt le chercher sous le sabot d’un cheval.
B — Oui mais …
A — Quoi ?
B — Bien, si le cheval se cabre et qu’il t’envoie son sabot à travers la façade.
A — Oh là, ça va faire mal !
B — Bien oui.
A — Alors, il y a une autre solution.
B — Ah oui, laquelle ?
A — J’irais voir au milieu de la ville, le soir, s’il n’y a pas de l’argent jeté par les fenêtres.
B — En effet, c’est une solution, mais admettons …
A — Quoi donc ?
B — Supposons qu’à la ville, on préfère te jeter des dettes ; ou si à la place, tu reçois de l’argent sale.
A — Ah … c’est le risque.
B — Un risque … un gros risque !
A — C’est du lourd, oui.
B — Eh oui …
B — Alors, je dresserais un chien afin qu’il m’évite les mauvais coups et s'il a du flair, qu’il renifle les bons !
A — "L’argent n’a pas d’odeur" dit-on …
B — Et si je trouve le bon filon !
A — D’argent ?
B — Oui !
A — Il te faudra le rendre.
B — Le rendre … et pourquoi ?
A — L’argent ne fait pas le bonheur !
B — C’est vrai … Alors, j’en emprunterais.
A — Essaye donc !
B — Ça se discute ? Tu crois.
A — Ça !
B — Et si je joue et que je gagne beaucoup !
A — Tu gagneras le droit de rejouer, au mieux.
B — Quelle affaire ! Alors, comment faire ?
A — Faire quoi ? De l’argent ?
B — Oui, de l’argent !
A — En travaillant.
B — Ah, ah, ah. Sans rire. Tu ne connais pas un moyen plus commode et plus réaliste.
A — Si.
B — Alors ?
A — Avoir de l’argent, c’est le meilleur moyen d’en faire.
B — Quel intérêt, si l’on en a déjà?
A — C’est là tout l’intérêt … justement.
B — Je vois, malheureusement …
A — Tu as une autre idée toi ?
B — Une idée ça vaut de l’argent ?
A — Ça dépend, bien souvent ça ne vaut pas grand chose.
B — Pourtant des idées j’en ai contrairement à …
A — Oui bien, allons les partager ces idées. Tu n’as pas soif ?
B — Si, c’est toi qui invite ?
A — Je ne partage pas. Chacun paye sa part, non ?
B — Autant boire seul chez moi, ça me coûtera moins cher.
A — Si tu le prends comme ça ...
B — Non, ce n’est pas ça, mais je suis occupé … préoccupé là, tu ne vois pas ?
A — L’argent … toujours … une obsession !
B — Non … dorénavant, je cherche mon maître.
A — Voyons, ni Dieu ni Maître, ici-bas … et pourquoi ?
B — Pour être initié à une vie sans entrave, libre, sans engagement ni argent.
A — Et qui ? dis-moi, t’apprendrait cela? Ton maître, s’il existait, tout juste s’il réussirait à te faire oublier que tu n’es pas riche de biens matériels et …
B — Et comment ?
A — En te faisant gagner suffisamment d’argent pour que tu le payes ou je ne sais …
B — Ah tiens ?
A — Bon, je te quitte là.
B — Pourquoi ? On s’entend bien.
A — C’est vrai, c’est vrai … mais le temps passe.
B — Le temps ?
A — Oui, le temps ! Et comme chacun sait, le temps … c’est de l’argent !
B — Oh !!!
















Après Maintenant - Jean-François Assié
















Maintenant le oui - Sylvain Larquier



maintenant le oui

j’ai posé ma main
sur la grille du radiateur
dans notre chambre
et c’était chaud
chaude et douce surprise
bien sûr j’ai regardé par la fenêtre
un radiateur chaud
une fenêtre
rien de spécial à voir
on ne sait jamais
le platane qui se défeuille
plus vite que les autres
c’est le premier de la rangée
c’est normal mais
c’est remarquable
les travaux inachevés
sur le boulevard
les autos qui passent
les fenêtres en face
des ombres chinoises
des silhouettes
les clignotis bleuâtres des télés
rien en somme
comme quand on s’ennuie
qu’on attend que ça passe
l’élève au fond de la classe
à coté du radiateur
qui regarde par la fenêtre
la cour
vide
puisqu’on est en cours
et qui se dit
quand la cour est pleine
j’y suis dedans
j’y suis dedans

_



maintenant le oui


la table était la même
la tasse identique
aux autres tasses
de café
en café
de café
en café
cherchant la grâce
grâce générique
qui tue
noue
je vous aime

le soleil était là
tachant d’or les murs
les rideaux fins
aux fenêtres
aux fenêtres
aux fenêtres
il faut naître
n’être à la fin
qu’un sombre murmure
je suis là je suis là

la rue parlait son bruit
refrains agréables
quand on s’éveille
à la vie
à la mort
à la vie
à la mort
la mort qui veille
dessous notre table
quand on rit elle bruit

je regardais mes doigts
caresser la tasse
toucher la table
où j’écris
où je crie
où j’écris
où je crie
des mots de sable
des mots qui se cassent
dés qu’enfin je te vois

_



maintenant le oui

je connaissais parfaitement
le pavement du trottoir
l’écart entre le caniveau
et le garde-fou
de la bouche du métro
le feu de signalisation
le passage clouté
je connaissais parfaitement
le temps
car cet instant était solide
je possède
un morceau de ce temps
je connaissais
le froid
la fatigue
l’ivresse
et bon nombre de mots
inutiles
je connaissais
ta main
parce que je la tenais
mais pas parfaitement
je voulais tant la connaître
j’y mettais tout mon coeur
pour connaître ta main
je connaissais la rue
que nous regardions
qu’on allait traverser
je connaissais la rue
parce que j’aime la rue
j’aime la ville
je connaissais le
je connaissais la
parfaitement
et tu m’as embrassé
et je t’ai embrassée
nous nous sommes embrassés
parfaitement

_



maintenant le oui

mes mains
mes mains sont posées
sur le drap du lit
tout au bout de mes bras
qui reposent
de part et d’autre de mon torse
posé
sur le lit
mon torse lourd
torse de métal
ma tête de plomb
tenue
au-dessus
la douceur
quelle douceur
je sens de la douceur
c’est une caresse
mon pouce caresse
le drap
il est doux
tout doucement
mon pouce lape
la douceur du drap
je me rends compte
maintenant
de la douceur du drap
de la douceur de la peau
de mon pouce
de mes doigts instinctifs
qui tout seuls ont su retrouver
là-bas
au bout de mes bras
une minuscule plage de douceur
suis-je distrait
je rêvais à la douceur de ta peau
un bref instant de volupté
à fleur de peau
le pouce de ma main droite
au bout de mon bras
posée loin là bas
sur mon lit d’hôpital

_



maintenant le oui

dessiner le soleil
pourquoi pas
du bout des doigts
sur ton dos
tout près
tout bas
dessiner le vent
qui tourne autour
de la pointe de tes seins
qui tourne et va
glissant
sur la plaine de ton ventre
dessiner l’océan
qui s’ouvre de tes cuisses
dessiner l’amour
pourquoi pas
te dessiner toujours
avec mes doigts

_



maintenant le oui

hier
je serais tombé
mais le soleil
m’a retenu
je serais tombé
la chute ne s’est pas faite
car le soleil m’a retenu
je suis resté
suspendu
éternellement
suspendu
dans le vertige
car le soleil m’a retenu
dans le vertige
je suis resté
je reste
suspendu
dans le vertige
je plonge
je plonge sans arrêt
mais le soleil m’a retenu
le soleil
tes yeux
ce que tes yeux regardent












Laisse pisser la vérité - Charles Pennequin















Maintenant, le oui - Eric Pessan



Allez, maintenant, écris. Sot. Crétin. Prétentieux. Écris donc, le oui. Une phrase, puis deux. Trois. Oui. La page. Oui. Le livre. Oui. En entier. D’un trait. Allez te dis-je. Maintenant, écris. Cesse de te faire prier. D’attendre que je te brusque. Cesse de dormir. De tourner autour du pot. D’attendre l’occasion. Écris, maintenant. Oui. Tu en rêves. Tu t’en réveilles la nuit. Tu y penses en mangeant, en te douchant, en t’endormant, en te réveillant, en travaillant, en conduisant. En lisant aussi. Tu as entre tes mains les mots d’un autre, une œuvre patiemment élaborée, des années de labeur peut-être, je n’en sais rien, et tu penses à toi. Ton attention quitte le livre, l’histoire pourtant captivante, et tu reviens à toi. Comme si tu chutais entre chaque ligne, comme si tu dérapais à chaque fin d’un mot. Comme si le retour à la ligne n’avait été inventé que pour te permettre de t’échapper. Comme si ces glissements ne conduisaient qu’en toi. En tes envies. En tes obsessions. Écris. Tu n’attends que le prétexte. Je te l’offre. Crétin. Fat. Orgueilleux. Idiot. Souffre-douleur. Gratte-papier. Écrivaillon. Misérable. Miséreux. Écris. Noircis ta page, maintenant. Lâche tes mots. Ose. Avance-toi. Va. Gaspille ton encre. Ton papier. Use tes yeux à scruter un écran d’ordinateur. Bousille-toi le dos, courbé sur ta chaise. Ne lève pas ton regard vers la fenêtre. Tu ne sortiras pas. N’iras pas te balader. Écris jusqu’à la crampe. La douleur. Sans relever la tête. Jusqu’au torticolis. Écris. Je te l’ordonne. Stupide. Toi qui n’a pas lu Proust en intégralité. Ni Huysmans, Kerouac et Dos Passos pour ne citer que ceux dont on t’a parlé aujourd’hui. Tu as beau en lire un à deux par semaine, matin, midi et soir, entre les repas, ils sont trop nombreux. Jamais tu ne les connaîtras tous. Benêt. Imbécile. Incompétent. Incapable. Écris, ignare. Inculte. Arriéré. Tu attends quoi ? Maintenant, c’est oui. Le oui. Tu peux y aller. Tu veux une autorisation écrite ? Écris quand même. Rajoute tes phrases aux kilomètres déjà écrites par des milliers avant toi. Cette route. Ce labyrinthe. Ce dédale où tu te perdras de toutes façons. Renonce à tes complexes. Nul ne sait dénicher la sortie. Surtout ceux qui se vantent de la connaître comme leur poche. Surtout ceux qui claironnent être au dehors. N’écoute pas ceux qui veulent t’enseigner l’architecture du dédale. Ceux qui te pointent une prétendue issue. Qui sont-ils ces pédagogues prodigieux ? Des qui ont creusé un petit trou dans un mur. Des qui sont spécialistes de l’excavation patiente et laborieuse. Des qui ont triché. Des qui t’affirment avec prestance et assurance que tu dois tourner à gauche. Prendre par ici. Bifurquer en ce lieu. Emprunter telle traverse. Escalader cette cloison. Rebrousser chemin. Éviter cette voie. Suivre leur voix. Ne les écoute pas ces vendeurs d’espoirs préfabriqués. De méthodes en kit. Ne les écoute pas te dis-je. Crétin. Mouton. Apeuré. Avance en ligne droite ou tu sentiras mon fouet. Personne ne connaît le plan d’ensemble du labyrinthe. Il est infini, vois-tu. C’est pour cette raison que peuvent toujours naître de nouveaux mots, de nouveaux livres. C’est pour cette raison que la littérature croît. Les hasards, les événements, les circonstances, la publicité, la fortune, les relations, le travail de sape, la minutieuse ténacité favorisent un jour une route. Dis-toi bien que ce n’est que provisoire. Que les chemins empruntés aujourd’hui ne sont pas ceux qu’il faudra prendre dans une heure. Que l’herbe repousse après le passage du soc. Qu’il existe d’innombrables déviations. Et que le but n’est pas de découvrir la sortie. Le but est de se perdre. Nul n’a jamais atteint l’orée du dédale. Alors gravis la montagne. Console-toi, poses tes pieds là où tu le souhaites. Allez, assez tardé, maintenant, vas, glisse par hasard. Le sol s’éboule parfois sans que tu ne puisses y faire quoi que ce soit. Avance. Marche. Creuse. Prends garde à bien m’obéir. Au doigt et à l’œil. Au pied de la lettre. Idiot. Demeuré. Voilà ce que tu es. Un demeuré. Quelqu’un qui reste là. Qui a peur de mettre un pied devant l’autre. Quelqu’un qui aimerait bien, mais qui n’a qu’une seule peur : qu’on lui dise « maintenant, le oui », qu’on lui propose d’y aller vraiment. Te sens-tu unique ? Inouï. Exceptionnel. Ne vois-tu pas que sans un peu de violence chacun n’aspire qu’à demeurer. Ne plus bouger. La tentation de l’immobilisme. Du repos. De l’inaction. Plus tard, le peut-être. Voire le non. Le syndrome de l’eau stagnante. Tout le monde en rêve. Le gel. La pétrification. Les statues de sel. Tout le monde. Les biens assis comme les mal logés. Tous des demeurés. Sans un bon coup de fouet nul n’avancerait plus. Alors debout. Le stylo à la main, la page à dévaler. Puis l’autre. Et une troisième page. Et encore une autre. Ainsi de suite. Tu n’auras droit à te rasseoir qu’à la fin du texte. Et encore. Pour si peu de temps. Je serai encore là. Je ne laisserai pas la rouille te ronger, te gripper. Tu ne te débarrasseras de moi qu’au prix d’un trop douloureux renoncement. Alors marche. Courbe l’échine. Reçois les coups qui pleuvent. Et qui pleuvront. Et qui pleuvront. Dis-toi bien que les coups valent mieux que l’indifférence. Que le silence. Que le sommeil. L’arrêt. Fixe-toi une règle : ne te demande pas si ce que tu écris est important. La réponse est non. Rien ne l’est. Cesse de penser. C’est bien mieux ainsi. Préférable. Cesse de ressentir. D’éprouver. De discerner. D’avoir honte de lire si peu. D’avoir honte d’être autant imprécis. De ne pas savoir ce que tu veux. De ne pas soupçonner la destination de ta marche forcée. Tu verras bien assez tôt ce qui t’attend au sommet de la colline. Tu découvriras vite, trop vite ce qui te pousse, te fait trébucher. Qui plante les épines. Avance maintenant. Nul. Crétin. Abruti. Sot. Monomaniaque. Insomniaque. Toi qui vis dans le rêve. Dans l’expectative. Dans le désir. Dans l’idée. Dans le besoin de savoir l’idée de l’autre. Mets tes mots. Là. Oui. Ose une bonne fois les déposer. Et marcher sur eux pour traverser au sec cette page. Ce texte. Les textes à naître. La vie. Omets. Désapprends. Les interrogations, les remises en question. Les prises de tête. Les prises de bec. Les prises de force. Les prises d’assaut. Les erreurs. Les terreurs. Les peurs. Les pleurs. Oublie la joie aussi. La vérité. La vanité. L’espoir. Oublie tout. C’est bien mieux. C’est préférable. C’est vital. Sois en entier dans le glissement du stylo sur la page. Dans tes doigts sur le clavier. Dans la ligne d’encre qui se diffuse et tache de noir le blanc déprimant de la feuille. Dans l’avancée d’une phrase repoussant une barre verticale vers la droite, sur l’écran. Laisse couler les mots hors de toi. Ne regarde pas en arrière. Ailleurs. Vers les côtés. Ignore ceux qui font comme toi. Ignore les célèbres, les maudits. Les souffre-la-faim. Les parvenus. Ceux qui partent. Ceux qui se perdent. Ceux qui semblent partout. Ceux qui montrent du doigt. Ceux qui veulent convaincre. Vaincre. Guider. Présider. Prédestiner. Ne perds pas ton temps. Les routes sont question de mode. Les modes se superposent, s’évitent, se combattent. Avance sans les voir. Crétin. Ne les écoute pas. Laisse-moi te décrire comme tu es véritablement : timide orgueilleux apeuré troublé pusillanime hésitant. Victime de la mode qui consiste à laisser croire que chaque individu puisse être un artiste. Fashion victim. Gavé par les médias. L’illusion égalitaire. Communisme culturel. Mets une bonne fois pour toutes tes questions sans importance sur la table. Tes intimes craintes. Convoque la longue liste de tes tourments. Aligne les interrogations. Provoque la succession de ces idées qui te gênent comme l’écharde plantée dans le pouce. Je vais t’aider. 1 - Écrire, même le plus intime, c’est condamner ses émotions à la banalité. 2 - Tout a déjà été écrit par d’autres. 3 - Ce texte est un exercice vicieux et masochiste : clamer ses faiblesses pour mieux nourrir son orgueil. 4 - Tes mots ne changeront pas le monde. Pas plus le tien que celui de quiconque. 5 - Écrire sur l’écriture ce n’est pas vraiment écrire. Tu es une sorte de faussaire qui finit par s’autoconvaincre de sa sincérité. Tu sens, cela fait du bien de cracher tes inquiétudes, de recevoir les coups. Ne pense plus. Pose tes pieds. Va. Ne cherche pas à cogiter. À douter. Pas plus à être. Fait ! Ne te demande pas à partir de quand des mots posés sur une feuille deviennent de la littérature. Ne cherche pas à savoir ce que tu écris. Ne tente pas de légitimer ton flou. Rien ne justifie que tu nommes cette phrase poème. Tu as beau les savoir, les écrivains, les écrivants, les poètes, les auteurs, les romanciers, les dramaturges, les faiseurs de littérature générale, les bricoleurs de littérature spécifique, les essayistes, les penseurs, tu as beau avoir lu les classiques, t’être aventuré dans les avant-gardes, avoir fréquenté les revues, entrapercevoir certains des enjeux. Flairer les disputes, les courants, les contre-courants. Les tendances et les écoles qui ne se nomment plus comme cela. Savoir que la littérature s’entiche de définitions à l’emporte-pièce. [Écrire, c’est chercher l’immortalité. Écrire, c’est recolorer le monde. Écrire, c’est réimaginer sa vie. Écrire, c’est marteler la syntaxe. Écrire, c’est rompre les rythmes. Écrire, c’est faire naître une voix. Écrire, c’est etc... La littérature n’est qu’affaire de disposition plastique des mots dans la feuille. La littérature doit introduire de fulgurantes accélérations. La littérature doit rester fidèle à l’histoire. Non, à la description d’une histoire. Non, à la description d’un personnage. Non, à la description d’une phrase en train de s’écrire]. Non, la littérature ne décrit rien. La littérature n’est pas servante, vois-tu. L’essentiel est d’arrêter de penser et d’y aller. Maintenant. Oui. Si tu ne chasses pas les questions, jamais tu me mettras un mot devant l’autre. Tu trébucheras toujours sur tes incertitudes. Tu remettras à demain. Et même une fois lancé, il faut oublier tout sauf le texte qui s’écrit, il faut maintenir le oui. N’écoute pas ceux que tu fréquentes. L’un t’explique que la poésie rend publique les plus enfouies des expériences intérieures. L’autre que tout est affaire de violence à l’encontre du verbe. Ne les écoute plus. Gare ! Stupide. Mouton. Fat. Vaniteux. Peureux. Trouillard. Brebis. Vache. N’entends-tu pas ce qu’ils te disent. Ici celui qui prône de laisser ton regard glisser au hasard. Là, cet autre qui ne jure que par l’association d’idées. Et celui-ci qui clame que les enjeux modernes de l’écriture sont dans la forme et non dans l’analyse. Cette voix, par ici, qui beugle que le langage pour être littéraire doit brusquer ses rythmes par des subites ac- et décélérations. Et ces deux qui se battent. Écoute leurs arguments. C’est l’histoire qui compte, tiens ! Prends ça ! Non. C’est la façon d’écrire. Tout est dans le style. Dans la forme. Et vas-y que je te tape dans le ventre. Que je te débine en public. Que je te cite des plus gros que moi. Des plus volumineux. Tiens, écoute ce grand poète dont la biographie commence à prendre de la place sur les étagères qui te confesse, sec, intraitable, que le roman est mort. Te voici écrasé dans ton élan, toi qui allais lui avouer en écrire, du roman. Tu ne dis rien. Crétin pétri de lâcheté. Le mieux pour toi est de boucher tes oreilles. De ne pas entendre celui qui ne croit plus qu’à l’oralité, celui qui crie que le théâtre est mort, celui qui pleure la fin de la poésie, celui qui enterre le roman. Et la nouvelle. Et qui tire un dernier boulet haineux sur le corbillard. Le mieux pour toi est de te boucher les oreilles. De lire pour ton plaisir. Et d’avancer. Maintenant. Tu ne peux savoir si tu es dans le juste. Nul ne peut s’accorder sur le juste car tous le définissent. Alors marche. Oui. La force du oui, penses-y. Nul. Minable. Mollasson. Traînard. Pâteux. Paresseux. Loir. Et crache tes mots. Là. Sur cette feuille ou cet écran. Regarde un peu ce que tu fais. Vois où tu poses les pieds. Tu pourras toujours convoquer tes idées et dresser des bilans imaginaires ce soir en t’endormant. Pour l’heure, tu dois faire. Et tant mieux si tu ne sais pas ce que tu fais. Idiot. Déficient. Nul. Insignifiant. Éponge. Raté. Ratureur. Coupeur de cheveux en quatre. Trembloteur. Tâcheron. Laisse ce texte sortir de toi. Ne regarde pas sur le bas-côté. Ils sont trop nombreux. À te voir passer. Souriants. Compatissants. Ironiques. Ou pire. Suant la sollicitude. Prompts au conseil : à ta place... je n’ai pas très bien compris pourquoi... si j’étais toi... je n’ai pas aimé cet aspect... Et ils rôdent avec des idées, des propositions, des envies, des réclamations. Et toi, bonne pâte, pauvre con, sociable, tu assures le service après-vente. Tu bredouilles, te justifies. Plaisantes même. Souris à tes propres espoirs. Radotes. Rabotes le mot qui blesse, ponces la plaie, ôtes l’écharde. Parfois noies l’ensemble dans les eaux boueuses de tes remords. Avance te dis-je. Ne cherche pas celle qui viendra éponger ton front brûlant. Évite celui qui te tend la main alors que tu trébuches. Marche. Tombe. Casse-toi la gueule. Saigne des genoux. Ton sang n’appartient qu’à toi. Va. Méfie-toi de ceux qui sont déjà passés par là. Ils ont défriché un chemin qui n’est pas le tien. Pire. Méfie-toi surtout de ceux qui te sont sympathiques. Ceux que tu admires. Qui s’entassent dans ta bibliothèque. Redoute lorsque tu les croises et qu’ils te sourient. Tremble d’effroi. Fuis te dis-je. Suiveur. Marcheur du dimanche. Randonneur des sentiers balisés. Explorateur de pacotille. Routier d’autoroute. Endurcis-toi. Renforce-toi. Encarapace-toi. Ne crois qu’en tes jambes. Ne cherche pas à déterminer si tu en fais assez. Si tu es courageux. Si tu devrais écrire chaque jour. Ne tente pas de définir clairement ton ambition. À bien y réfléchir tu n’es pas même certain d’en posséder une once. Va donc. Fais. Tu parleras après. Cesse de suivre des modèles. Des on dit. Des on croit. Des il faut. Laisse glisser le stylo, libère tes doigts sur le clavier. Ne retiens pas ta main. Regarde le ciel et décris-le si c’est cela que tu veux aujourd’hui. Déploie chaque ourlet de nuage, tends des lignes, fixe l’apex et trace, si haut, quelques phrases inédites. Découvre deux-trois choses dans l’exercice. Fais un poème de ça si tu le souhaites. Entre dans ton fantasme que tu juges si ringard. Que tu n’oseras sérieusement évoquer devant personne. Fais-le vraiment si telle est ton envie. Oublie le jeu si strict, les masques qui jamais ne tombent. Nul n’avouera avoir rêvé à l’identique. Il serait regardé avec condescendance. Mais fais-le si tu as envie. Va. Ne te demande pas à quoi bon. Quelle originalité. Quelle nécessité. Quelle modernité. Cesse de te poser des questions de peintre. Tu ne veux pas de mots naturalistes décrivant la réalité. La vieille littérature est morte voici deux siècles. Alors ? En charger les couleurs [Impressionnisme. XIX° siècle]. Renoncer à la narration, à l’enchaînement précis des phrases [Abstrait. Début XX°]. Accélérer les phrases puisque la modernité est vitesse [Futurisme. 1920]. Utiliser des mots déjà écrits par d’autres [Ready-Made. 1930]. Pilonner le support, déchirer la page [Support-Surface. 1970]. Tes préoccupations sont déjà âgées, toi qui as rêvé d’écrire un texte à l’encre blanche sur une feuille blanche [Malevitch. 1920]. Ou bien, cesse. Arrête d’écrire. Stoppe. Freine. Force-toi au début. Lutte. Résiste. Cache les cahiers, les crayons comme le fumeur cache les briquets et les paquets. Débranche l’ordinateur. Revends-le carrément. Sois radical. Prône que la littérature est morte si cela peut t’aider. Fanfaronne en société. Puis habitue-toi. Peu à peu. Oublie. Sincèrement et profondément. Oublie ce vain combat contre des mots indifférents. Non ! Tu te raidis. T’insurges. Ne veux pas que. Tu vois. Tu veux continuer. Maintenant. Le non te fait horreur, tu veux écrire, tu choisis le parti du oui. Le oui. Tu n’as pas besoin de mes invectives. Orgueilleux. Prétentieux. Rogue. Suffisant. Tu fais semblant d’avoir peur. Tu veux paraître héroïque. Sisyphe roulant sa pierre. En réalité un piètre cailloux dans ta poche. C’est ta méthode pour te motiver. Ton truc. Ton astuce boiteuse. Pour te faire mousser. T’admirer dans la glace. Traîne-savate. Ramasse-miettes. Pue-la-sueur. Gagne-petit. Pouilleux de pacotille. Marchand de toc. J’aurais dû m’en douter. Écrire et faire lire sont deux actes d’un extraordinaire orgueil. Quelle arrogance de croire que tes phrases sont importantes et doivent être figées sur le papier. Et se propager. Et rencontrer un lecteur. Et enfanter leur progéniture. Non mais. Tu te crois où ? Au cirque pour faire un tel numéro ? sur scène ? face aux projecteurs ? dans le cône lumineux d’une poursuite de théâtre ? au cinéma où l’écrivain est représenté souffrant, la goutte de sueur à son front ? exalté ? criant dans les rires moqueurs ? whisky sur la table ? défendant son oeuvre avec passion ? avec fureur ? avec les griffes ? les ongles ? le sang ? Toi-même n’es pas dupe. Tes yeux te trahissent. Une lueur moqueuse que tu ne peux contenir. Une ironie retenue à grand peine. Alors cesse de geindre. De trébucher sur des gravillons. De racler le sol poussiéreux avec tes pieds. De scruter les faces. Les visages. Les gens sont venus en ville pour faire leur marché. Pour aller au médecin. Pour boire un coup au café. Pour parler du monde. Pour se promener. Pour se séduire. Pour s’abandonner. Pour s’aimer. Pour se déchirer. Pour lire les affiches sur les murs. Pour changer d’air. Pour quitter leurs appartements étouffants. Pour tenter une rencontre. Pour ne plus être seuls. Ils ne sont pas venus pour toi. Le jeune homme. Pour te contempler passer. T’acclamer. Pour savoir si tu vas tituber. Si tu vas grimacer de douleur où relever dignement le buste. Va. Crétin. Monomane. Stupide. Ne les cherche pas. Ne les regarde pas. Tu avances pour toi. Peut-être l’un d’eux verra la trace estompée de ton pas dans la poussière. Et encore. C’est loin d’être sûr. C’est même tout à fait improbable. Trop nombreuses sont les galeries du dédale. Trop fourmillants les explorateurs. Un de plus ou de moins n’y changera rien. Mégalomane. Maniaque. Emphatique vaurien. Qu’as-tu cru dans ta misère ? Dévoyé. Que tu allais éclairer la route ? Inepte. Tu brilles moins qu’un charbon au fond du poêle éteint. Butor. Tu es tellement obscur que tu ne projettes plus d’ombre. Pas l’ombre d’une ombre. Néant dans le néant. Nuit dans la nuit. Obscurité opaque et obtuse. C’est-à-dire rien. Tout bonnement rien. Tu ne provoques pas un sourire. Pas une larme. Tu vacilles, moulines des bras, récupères un équilibre, chavires encore. Branles. Butes. Tombes. Et on s’en fout. Alors avance. Pose tes pieds au sol. Pour toi. Pour sentir le contact de la terre. Dans le fond tu ne sais pas ce que tu écris. Tu alignes des mots à la sauvette. Au petit bonheur. Crétin. Esprit embrouillé. Stupide confus. Va donc et cesse de remuer cette glaise impropre. Elle te colle aux doigts. T’alourdit. Te plaque au sol. Il lui manquera toujours ce minimum nécessaire permettant de la modeler. Trop grasse ou trop sèche. Je ne sais pas et ne veux pas le savoir. Arrête un peu veux-tu ? Non, pas de marcher. Surtout pas. Va plus vite. Arrête de t’interroger. Mais force le pas. Feignant. Noie tes questions dans la marche. Dans l’impulsion. Foule les écoles, les tendances, les mouvements au pied. La mode est affaire de tête, je ne te parle que de tes jambes. Si tu transpires. Si tu pues. Si tu as chaud, c’est que tu ressens les effets bénéfiques du cheminement. Prends le frais. Déleste-toi un peu de ce que tu sais sur la littérature. De ces tonnes de papier que tu portes sur ton dos. Qui t’isolent douillettement. Qui te protégent de tout contact. Dévêts-toi. Tombe les essais, les écrits prestigieux, les pensées, les biographies, les romans que tu admires. Tu as besoin de vent sur ta peau. Déshabille-toi. Ne conserve que ce strict minimum qui te protégera de l’impudeur. Et encore. C’est à toi de voir. Je ne te forcerai pas à te mettre nu. Tu sais bien pourtant que d’autres l’ont fait. Avec plus ou moins de sincérité. En gardant parfois un ultime et trompeur habit couleur chair. Allez. Ouste. Mets au vestiaire ces papiers lointains t’encombrant. Ne t’inquiète pas. Tu peux garder un ticket de consigne. Ou le code du casier. Comme à la piscine. Tu les retrouveras tes lectures envahissantes. Tes chefs-d’œuvre cossus. Tes petits Dieux dans leurs niches de papier. Tes souvenirs touchants. Tes réflexions aiguës. Tes incompréhensions répétées. Tes ambitions enfouies. Tes amours. Dès que tu le souhaites, tu reviens à la consigne et tu reprends ton barda. Les livres que tu as chéris. Ceux qui t’ont influencé. Ceux que tu as haïs. Ce que tu n’as pas compris en te promettant d’y revenir un jour. Ceux dont tu conserves une histoire. Ceux qui t’ont offert un système. Un effet de style. Une esthétique. Une issue. Une impasse. Ceux que tu promets à plus tard. Ceux qui t’ont soutenu comme ceux qui t’ont maintenu la tête sous l’eau. Ils sont à toi. Là. À portée de main. Personne ne remettra en doute ton droit légitime de propriétaire. Tu les as mérités. Tu les as lus alors que tu aurais pu te promener, aller au foot, dormir. Apprendre le piano. Ils sont à toi. Ils sont toi. Mais par pitié néglige-les alors que tu te risques à cheminer. À acheminer tes propres phrases. Ne vois-tu pas qu’ils t’étouffent. T’empêchent d’avancer. Stupide. Masochiste. Quelle idée de tasser tous ces kilos et kilos de papier imprimé dans un sac à dos avant de partir. Écoute ce conseil : voyage léger. Conservateur. Kleptomane. Tête folle. Étourdi. Voyage léger. Pose tout ça tu vas délester tes épaules d’un incroyable fardeau. La trace des sangles qui a meurtri tes chairs va s’estomper doucement. Laisse le sang affluer. Tu sens les picotements. Tu allais te sectionner les bras à force. Te rompre le dos. Arrête de te scier les muscles. Tu me fais penser à ces gens qui partent en camping avec leur entière maison soigneusement pliée à l’arrière de leur voiture. Les fauteuils, la table, les verres, le robot ménager, les pots de fleur, le poisson dans son bocal, la télé et l’armoire en plastique. Tout télescopique, démontable, gonflable. Tout, de peur de manquer d’une seule chose. Tu es pareil. Un peu de dénuement et de courage. C’est la même chose. Dépose ces modèles embarrassants. N’idolâtre pas tant le rythme d’untel, la syntaxe de celui-ci, les expériences de tel autre. Les verbes de celui-là. Sois neuf. Pauvre. Espèce d’imbécile déjà usé. Vieillard. Gâteux. Déliquescent. Impotent. Dégradé. Décrépit. Refuse l’atavisme. Perds la mémoire. Voilà, maintenant deviens totalement sénile. Sincèrement. Condamne-toi à l’amnésie. C’est pour la bonne cause. Le parti du oui, tu te souviens ? N’essaye plus de savoir si tu t’ennuieras à te relire. Ce n’est pas grave. Va, je te l’ordonne et prends garde à mon fouet. Je suis, là, je marche avec toi, pose mes pas dans les tiens. Je porte et supporte en secret les mêmes fardeaux, trébuche aux mêmes obstacles. Nous sommes liés par de biens lourdes entraves. Nos chevilles sont mâchées, rougies. Va, stupide sot. Ne te demande pas ce que vaut ce texte dont tu perçois enfin l’issue. S’il n’est pas exagéré. Romantique. Adolescent. Puéril. Marche. Il te reste bien des kilomètres à parcourir. L’écriture n’est pas encore là. Ce texte n’est qu’un fragile agglomérat de questions stupides et profondes. De questions à toi. L’écriture n’est pas encore là te dis-je. Ces prises de tête sans grande importance n’en sont que le prélude. Allez. Va. Les échauffements sont terminés. Maintenant que tu t’es posé toutes ces questions tu peux te mettre à écrire. Oui.











Cette précipitation qu'ils avaient - Gilbert Roggi



Cette précipitation qu’ils avaient à vouloir te figer, cette terrifiante manie, combien elle te faisait souffrir ? La mer, encore, la sœur secrète, la parole buissonnière, te donnait la mesure, les variations, de quoi mettre les voiles. Chaque lumière un voyage imperceptible, par les yeux la mer en toi, par les yeux pendant des heures, les nuances. Tu n’étais pas le peintre, tu étais peint, tu étais la mer, tu savais la mer, les jours de pluie, les jours de soleil, les jours d’orage, les jours de vent, sans compter les jeux d’ombres des nuages, par les yeux chaque variation s’imprégnait, c’était ainsi et pas autrement, tu étais à la fois le passant et le passage, l’étonnement naissait d’une teinte changeante, d’un rythme inattendu, la mer se livrait perlée de mille soleils, la mer griffée par le vent, désert de sable bleu, la mer habillée d’un velours trop pesant respirait lentement à l’étroit dans sa robe, la mer volcan de dentelle, la mer et son corps indéfini réclamait des paroles que tu ne savais pas connaître, comme si tout commençait… Et ceux là, avec un adjectif, ils te définissaient, ils te cousaient la bouche avec un adjectif minable, ils te clouaient pour l’éternité, ainsi ils dormaient tranquilles, tu étais identifié, leur limite devenait la tienne mais par là même tu étais déjà ailleurs, dans un autre corps, tu continuais le voyage, ainsi tu leur laissais une de tes peaux, un sac vide où mettre leurs mots endormis, leurs adjectifs usés, leurs paroles de mort, et tu marchais vers l’autre avec ta page blanche, vers celui avec qui la limite est aboli, celui qui parle sans compter, et dans un mouvement spontané, la vie faisait sens. L’accouplement de deux paroles est un miracle d’invention sans nom, l’écho qui en résulte n’appartient à personne. Où commence et où finit la mer ?

Dans l’herbe verte deux pieds nus
Ça n’est pas rien les deux pieds de cette inconnue.









Présentation de la revue

La revue se déclinera sur Internet, par l’édition annuelle d'un numéro livre, ainsi que par l’organisation d'une résidence annuelle s’ouvrant à la scène, à la performance, à l’exposition…


Les trois volets de la revue sont pensés et fabriqués parallèlement, ils se font écho et dialoguent entre eux.

Littérature, théâtre, danse, musique, arts plastiques, et pas seulement…



1.Revue Ce qui secret : Site Internet


Lancé en avril 2009, le site propose pour une première période de trois ans [2009-2011] un travail de recherche et un lieu d’expression, à partir de trois mots : MAINTENANT LE OUI.
Chaque participant est invité à donné une première contribution en écho à ces trois mots. À là suite de cette première contribution, chacun est invité à faire de nouvelles propositions : en écho, en réponse, en correspondance avec celles des autres participants. Avec ce qui s’entend de l’ensemble qui se forme ici, dans la connaissance des autres propositions.
Pour ce premier temps d’existence, la revue a invité un certain nombre d’artistes et d’auteurs à participer à ce projet. À ce jour, 50 d’entre eux ont répondu à l’invitation.



2.Revue Ce qui secret : Revue livre

La revue livre se propose d’être un lieu de relecture et de confrontation des textes, des sons et des images publiés sur le site. Chaque numéro est conçu par des artistes participants à la revue. Ils choisissent certaines contributions publiés sur le site Internet et les organisent pour créer une séquence inédite. À ce titre, chaque numéro n’est pas une compilation de contributions présentes sur le site mais bien une création originale.
Chaque numéro existe pour lui-même, en même temps qu’il est ouvert sur les suivants. Les trois numéros s’enchaînent et forment un ensemble.
La revue achèvera son premier cycle au bout de trois ans, avant de reprendre pour un nouveau cycle. Le cycle actuel s’appelle MAINTENANT LE OUI.
Le premier numéro de la Revue livre paraîtra en décembre 2009.



3.Revue Ce qui secret : Revue Résidence.

L’objectif de la résidence est la mise en œuvre de nouvelles propositions qui nécessitent ou souhaitent questionner la présence [arts vivants, exposition, performance…] avec le même principe de participation que pour la revue Internet : des propositions faites par chacun, qui seront ici chaque jour montrées, pendant une semaine, et auxquelles viendront répondre de nouvelles propositions, ici dans un lieu et dans un temps commun. L’objectif restant de poursuivre ensemble le travail dans l’attention portée à ce que déplace ou confirme en nous ce que d’autres proposent à voir, à entendre… Chaque journée proposera en soirée une ouverture publique où le travail en cours sera montré en son état, et requestionné dans un rapport-public. La résidence s’achèvera par une dernière soirée agençant l’ensemble des propositions travaillées pendant la semaine. MAINTENANT LE OUI.
La première résidence aura lieu du 14 au 19 décembre 2009, au 5 rue de Bitche à Nantes.





Revue Ce qui secret. C
omité artistique : Olivier Boréel, Loïse Bosdeveix, Guénaël Boutouillet, John Froger, Frédéric Laé, Soizic Lebrat, Guillaume Lecomte, Marc Perrin.
Coordination : Marc Perrin.













3 A4 ici en pdf, que nous vous laissons découvrir, imprimer... joie du pliage en perspective :


Ce qui secret A4 # 1 - mai 2009.

Ce qui secret A4 # 2 - mai 2009.

Ce qui secret A4 # 3 - mai 2009
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MAINTENANT LE OUI. Maintenir. Le oui. Maintenant : participe présent, du verbe maintenir. Participer à. L’écriture. Du présent. Participer de. L’écriture. De notre présent. Par le oui. Par le maintien du oui. Dans un mouvement qui tient et qui relie le passé au présent. Jusqu’à maintenant. Par le oui. Par la force active du oui : pour dire l’ouvert et le mouvement qui va. Force de vie. Pour dire la persévérance. L’urgence et l’affirmation. Ensemble. Et chacun.

Origine, original, trace, désir, amour, présent : MAINTENANT LE OUI. Avec [et pour] ce que nous ignorons de ce que chacun de ces mots portent en nous. Avec [et pour] ce que nous ignorons de ce qui nous porte en chacun d’eux. Avec [et pour] ce que nous apporte chacun d’eux. Ce qui nous importe. Ce qui nous déborde. Ce qui nous attire, sans jamais rassurer.











Nous vous le confirmons : les parties de textes écrites en gris signalent des liens hypertextes.